Cannes 2016 : le florilège de Bien En Place

À l’heure où certains des films présentés lors du 69e Festival de Cannes sont déjà sur les écrans (Ma Loute de Bruno Dumont, Elle de Paul Verhoeven, The Neon Demon de Nicolas Winding Refn…) tandis que d’autres se font encore désirer (Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan sortira le 21 septembre 2016, Paterson de Jim Jarmusch, le 5 octobre…), Bien En Place, qui a assisté à l’intégralité de la compétition, délivre sa feuille de route. Entre pépites inattendues et confirmation de talent, retour sur 10 temps forts, pour nous, du Festival avant la parution à venir d’articles plus détaillés.

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La compétition a démarré avec un long, voire un très long métrage (2 h 53) roumain qui est resté gravé dans nos mémoires par la maestria de la mise en scène et du jeu d’acteurs : Sieranevada. Après une ouverture en extérieur qui maintient habilement le spectateur à distance avant que la caméra ne s’engouffre dans une voiture, le film se déroule quasi intégralement dans l’appartement d’une famille de la classe moyenne roumaine, réunie, un samedi, pour commémorer le décès de l’ancien maître des lieux. Durant la première moitié du film, les tensions, déjà sous-jacentes – « Tu n’as aucune idée de ce que je mange le matin » hurle la femme de Lary, l’un des héros principaux – finissent par occuper le devant de la scène, pour mieux exploser ensuite jusqu’à la fin. Dans une entrée à mi chemin entre la cuisine et la salle à manger, la caméra capte des bribes de discussions, laissant avec elle le spectateur sur le seuil, dans un état d’alerte permanent. Cristi Puiu, le réalisateur, propose ici un cinéma en prise avec la vie, sans recourir à des codes ou des symboles comme le souhaitait Pasolini. Rien ne s’arrête jamais; le réel s’offre comme un va et vient dont nous ne sommes, le plus souvent, que les témoins, parfois perdus et déroutés. Les discussions multiples – politiques, sociologiques, familiales – en font de toute évidence un récit filmique où l’oralité est exacerbée, parfois jusqu’à l’absurde (avec une mention spéciale pour tante Ofelia, magnifiquement interprétée par Ana Ciontea) voire l’étrangeté. Une menace, difficile à qualifier, ne cesse de planer pour éclater dans l’une des dernières scènes, à l’extérieur, dans laquelle la violence verbale, inouïe, révèle le malaise d’une société prête à imploser à la moindre occasion. Théâtre familial au réalisme sidérant, le film se veut espace d’expression, nous laissant un peu vacillant au milieu de la mêlée, pour le meilleur et pour le pire ! Une vraie réussite qui lui vaut d’être le premier coup de coeur de Bien En Place (sortie française le 3 août 2016).

Autre plongée dans un univers familial haut en couleur et autre réussite manifeste avec la plus belle standing ovation du festival, comme il y a deux ans : Juste la Fin du Monde de Xavier Dolan. A l’inverse du précédent, ce film d’une heure trente-sept n’accepte pas les moments de faiblesse et agit à la façon d’un coup de poing. La capacité de Xavier Dolan à proposer un univers plastique singulier constitue la grande force de ce long-métrage sur lequel il exerce un contrôle absolu, allant jusqu’à signer seul le montage. Il s’agit en effet pour lui de faire partager sa vision du réel, qui importe plus que l’intrigue elle-même. Couleurs, composition de l’image avec effets de flou, échelle des plans (avec une nette préférence pour le gros plan), musique, enchaînements : le souci du détail et l’esthétique priment sur toute autre considération, ce qui vaudra à Dolan bien des critiques. C’est oublier pourtant un peu vite que la forme se met au service du fond. Le héros du film qui revient, après douze ans d’absence, parmi les siens avec l’intention de leur annoncer sa mort prochaine (ce qu’il ne pourra jamais dévoiler) est un être qui ne parvient pas, précisément, à opérer de mise au point. En jouant avec les impressions et les sensations, Xavier Dolan parvient aussi par ailleurs à déjouer le piège que représente l’adaptation d’une pièce de théâtre (en l’occurrence de Jean-Luc Lagarce) à l’écran. Au milieu de cette sauvage forêt de visages, il propose un cinéma primordial, d’avant le langage pour ainsi dire ; un cinéma de l’aspect, et non de la perspective, dans lequel les personnages sont aveuglés par leur folie. Certes, ils sont excessifs, parfois un peu caricaturaux, mais néanmoins toujours touchants. Difficile de ne pas se laisser emporter à son tour…

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Notre troisième temps fort donne à voir un univers épuré aux antipodes de Xavier Dolan. Une telle diversité montre toute la richesse de cette 69e édition. Il s’agit de Paterson de « l’ami américain » Jim Jarmusch. Tout poète, par essence, est un être à part : de même en va-t-il pour les films de Jarmusch, résolument « différents ». Tout en interrogeant les origines mêmes de son amour pour le cinéma – la poésie visuelle propre à ce medium – le réalisateur opère, avec Paterson, un surprenant retour à ses débuts : simplicité du scénario et des situations, minimalisme du jeu d’acteur, jeux sur la répétition et la différence, structure en épisodes quotidiens. C’est peut-être cela qui touche le plus : la capacité du cinéaste, après avoir emprunté beaucoup de chemins ces dernières années (The Limits Of Control, Only Lovers Left Alive), à toujours se retrouver et à rester en harmonie avec lui-même.

Tranchant de manière cinglante avec le spleen jarmuschien, notre quatrième temps fort est le film le plus jubilatoire du festival : Toni Erdmann de Maren Ade. Inès (Sandra Hüller) travaille à Bucarest où elle fréquente les grands patrons et leurs femmes et a pour mission d’augmenter la rentabilité des entreprises en proposant des plans de rationalisation… et de licenciements. Si l’argent et le confort sont au rendez-vous, qu’en est-il du bonheur ? C’est cette question que lui posera son excentrique de père (l’excellent Peter Simonischek), qui loin d’abandonnersa fille décide de la suivre en Roumanie pour ne pas la perdre d’une semelle, le plus souvent déguisé. Sous des airs de comédie singulière et irrésistible, le film offre un portrait impitoyable de notre époque, mais avec subtilité : il agit, de la sorte, à la manière d’une lettre persane, sans verser dans le plaidoyer caricatural qu’il aurait pu être.

 

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C’est au Brésil que nous mène le cinquième temps fort du festival avec Aquarius de Kleber Mendonça Filho. Clara (Sonia Braga), qui a dédié sa vie à la musique, décide, avec force trompettes, de résister à une société immobilière qui veut lui racheter son appartement – le dernier de l’immeuble qui lui manque – pour construire un nouveau complexe aux profits prometteurs. Au-delà même de la parabole sociale et politique que constitue un tel scénario, le film offre des séquences, entre fantasme et réalité, ainsi que des flash-backs, d’une très grande puissance esthétique ; se risquant sur des terrains inconnus qui sont aussi la joie du grand cinéma.

Sixième et septième temps forts à présent, avec un thème en commun, celui du viol d’une femme, mais traité sous des perspectives radicalement différentes et dans des pays qui le sont tout autant. D’un côté, l’Iran avec Le Client d’Asghar Farhadi dans lequel une jeune femme, Rana (Taraneh Alidoosti), est agressée suite à son emménagement dans un nouvel appartement. Entre silence, vengeance et pardon, le film parvient à évoquer, en filigrane et parfois de manière métaphorique, des problèmes qui concernent plus généralement une société entière. Avec Elle, Paul Verhoeven réveille son public d’entrée de jeu par une ouverture in médias rès et un rôle taillé sur mesure pour Isabelle Huppert, qui donne le « la » à tout le film. Elle n’a pas froid aux yeux, lance ses phrases comme des flèches ardentes (« j’ai été violée, qu’est-ce que vous prenez pour l’apéritif? »), privilégiant les transitions abruptes et désarçonnantes. Ce film constitue un cocktail explosif et original qui interroge les limites traditionnellement établies entre les genres.

Difficile, avant de clore ce « top ten », de ne pas évoquer trois films singuliers et importants, pour des raisons, là encore, très diverses. D’abord, avec Loving, Jeff Nichols signe un film parfait : scénario, découpage, décors, mise en scène, sens du détail et de la reconstitution d’époque… trop parfait, pour d’aucuns. Pourtant, la plus grande réussite de ce film n’est pas là où on l’attend. En dépeignant une authentique histoire d’amour interraciale dans l’Amérique de la Ségrégation des années 50 et 60, le réalisateur ne se livre jamais à une surenchère dans la violence, déjouant même les attentes du spectateur en optant toujours pour un ton juste, à l’encontre d’une dramatisation parfois trop facile et trop rapide.

Neuvième temps fort avec The Neon Demon, très décrié par la critique à Cannes malgré la puissance des images et la cruauté fascinante de cette fable qui dépeint une « hyper contemporanéité » avide de beauté, d’éternité et prête à tout pour cela. La sauvagerie qui se cache derrière les apparences de l’esthétique publicitaire aseptisée et mondialisée éclate de manière foudroyante dans cette oeuvre qui explore également tout le spectre du chant des sirènes… numériques.

 

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Enfin un film français, par son audace et sa fougue, vient clore ce rapide florilège : Rester vertical d’Alain Guiraudie. Scénariste à la dérive, Léo tombe sous le charme d’une bergère, Marie, avec qui il a un enfant au beau milieu des causses de Lozère, cernées par les loups. Angoisses viscérales, transgressions et perversions hantent puissamment ce film et imposent pour l’humanité un devoir : celui de résister « en restant vertical ».

Merci aux organisateurs de ce 69e Festival et à Thierry Frémaux pour ce large panorama du cinéma mondial, où entre retour aux sources et interrogation de notre modernité, le 7e art montre, à nouveau, sa capacité à être un instrument de pensée au milieu d’un concert planétaire d’images de toutes sortes qui donne parfois le tournis.

La rédaction de Bien En Place

Découvrez le nouveau roman de Laurence Wintzinger : Ruptures

Couverture Ruptures

Ruptures, c’est l’histoire de trois ouvriers entre 1836 et 1979. À travers leurs luttes syndicales et politiques, leurs combats fraternels et leurs amours épiques, ils écrivent l’Histoire. Lulu, principal narrateur, rend hommage à son père, Dédé la Manche Longue, héros des premières grèves de 1906, et à son grand-père, P’tit Sous, un farouche Communard.
Épris de liberté, Lulu veut changer de destin et se rapproche des artistes de la Belle Époque. En léguant un carnet-testament à son fils secret, André, il en fait le dépositaire d’un siècle de bouleversements. Le jeune homme saura-t-il transmettre à son tour la mémoire des ouvriers de Saint-Ouen, cette ville de la Banlieue Rouge qui s’ouvre à la modernité en repoussant les limites de la « Zone » ?

Extrait et commandes :

Aux miroirs féminins de Bettina RHEIMS ou la MEP enflammée jusqu’au 27 mars !

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Il reste encore un peu plus d’un mois pour découvrir la grande rétrospective Bettina RHEIMS proposée à la Maison européenne de la photographie. L’occasion de parcourir près de 40 ans de carrière, depuis les premiers portraits animaliers et leurs angles inattendus, aux séries plus récentes des années 2010, dont le passionnant Gender Studies. Cette dernière a fait l’objet d’un livre en 2014, chez Steidl, judicieusement accompagné d’un CD permettant d’écouter les témoignages de celles et ceux qui, un jour, ont franchi le pas en décidant de changer de sexe et de corps, ou plutôt de faire advenir ce qui, pour eux, était dès le départ une évidence. Comment faire une « sculpture de soi-même » se demande, d’une voix touchante, l’un de ces héros hors normes qui a accepté de poser sous l’objectif de Bettina RHEIMS; un objectif qui, à l’aide d’un dispositif lumineux, habile à réduire la part de l’ombre, et d’un fond gris et neutre, dévoile au grand jour ce qui d’ordinaire est tu.

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Faire une « sculpture de soi-même » ou plutôt sculpter la femme, les femmes, qu’elles soient actrices, chanteuses ou détenues de prison: tel semble être l’enjeu pour Bettina RHEIMS. La photographe expose et sur-expose ses modèles, optant toujours pour la couleur, la pulsion, l’expression; à mille lieues des interdits sociaux qui ont longtemps confiné la femme à un rôle de pure et simple retenue. Ici tout au contraire, la femme s’exhibe, jubile, offrant un défilé baroque et excessif, qui est une vraie gourmandise pour le regard. D’une salle à l’autre, les clins d’oeil se multiplient et, bientôt, c’est Mona Lisa en personne, lassée des glacis de Léonard de Vinci et de sa foule quotidienne d’admirateurs au Louvre, que l’on surprend dans le métro parisien. Hors de toute limitation donc, la femme prend possession de l’image et, ce faisant, s’affirme, trouve un visage et invente une scène à ses désirs. L’intensité et la frénésie, grâce aux compositions, font l’objet d’un cadrage qui crée un rythme d’image en image, comme s’il s’agissait pour Bettina RHEIMS, devant la forte énergie propre à son univers, de contrôler par l’esthétique l’éclatement d’un désir, d’une érotique, trop longtemps contenue. La photographe, année après année, a donc réussi à créer un espace, une scène de dévoilement dont elle soigne la mise en scène pour mieux cerner ces femmes que l’on qualifiait, encore, au XIXe siècle d’ « idoles de la perversité ». Ici, les « idoles » prennent le contrôle du jeu pour faire entrer l’homme dans une autre danse, où la morale se décline autrement.

La rédaction de Bien en Place.

Exposition « Bettina RHEIMS » à la MEP jusqu’au 27 mars, 5/7 Rue de Fourcy – 75004 Paris, métro St Paul. A noter la monographie Bettina RHEIMS parue chez Taschen à l’occasion de cet événement.

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BIEN EN PLACE aime Anouk AIMEE

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C’est elle, c’est elle Lola, dans le film de Jacques Demy (1961), toute enfoncée dans ses pensées puis virevoltante, insaisissable. « Une chanteuse ? Il ne manquait plus que ça dans la famille ! » (Lola, 1961) Charmeuse sans serpent, fragile comme une image passagère, elle entraîne Marcello Mastroianni sur les chemins de traverse d’une décadence romaine qui n’en finit pas de se prolonger dans La  Dolce Vita de Fellini. La douce et discrète Anouk Aimée, qui tremblait, à Cannes, en 1966 suite à un incident technique survenu lors d’une projection d’Un homme et une femme, obtient, grâce à ce film de Claude Lelouch, la consécration cette année-là, avec un Golden Globe de la meilleure actrice et une nomination aux Oscars.

« Comme nos voix ba da ba da da da da da da
Chantent tout bas ba da ba da da da da da da… »

Reine des nuits romaines, enchanteresse d’un labyrinthe cinématographique dans lequel elle se dévoile comme pour mieux se cacher, Anouk Aimée, en ce mercredi 27 février à la Maison européenne de la photographie, nous a fait plus qu’un simple clin d’oeil : elle nous a offert, de ses beaux yeux, un moment de mémoire et de poésie.

« – Au revoir, mon petit chat, tu vas nous manquer !

– Dépêchez-vous Lola, vous allez manquer votre train ! » (Lola, 1961) … et ce serait tellement dommage de ne pas être bien en place !

 

La rédaction de Bien En Place.

Bien en place avec Claudia CARDINALE

Dans l’amour comme dans la vie, on a toujours besoin d’une bonne étoile. Le ciel scintillait hier soir pour l’association BIEN EN PLACE grâce à Claudia Cardinale, la mythique actrice italienne aux 130 films et qui n’a rien perdu de sa photogénie depuis ses débuts, en 1955. En ce lundi 25 janvier, nous l’avons rencontrée au vernissage de l’exposition Persona qui vient d’ouvrir au Quai Branly (26 janvier – 13 novembre 2016). C’est peu dire que avons été conquis par le regard, pétillant de vie et d’émotion, d’une grande dame du cinéma mondial.

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Presque étonnée d’être reconnue, elle s’émeut à l’évocation de Sandra/Vague stelle dell’Orsa (1965), une histoire d’inceste entre un frère et une sœur, dépeinte dans une atmosphère poétique où Luchino Visconti multiplie les jeux d’échos entre ses personnages et les sculptures qui hantent le paysage. On se souviendra aussi bien sûr, chez ce même réalisateur, de sa première apparition sur le seuil du salon de réception chez le prince Fabrizio Corbera de Salina (Burt Lancaster) dans Le Guépard (1963), et de sa robe de bal à crinoline. Beaucoup, dit-elle, ne croyaient pas, contrairement à elle, en Burt Lancaster – « ce cowboy » – pour incarner le prince alors que son charisme, tout en force et en finesse, a beaucoup contribué au succès du film. De même confie-t-elle quelques anecdotes sur ses séquences avec Alain Delon (dans le rôle de Tancrède Falconeri), avec, pour certaines d’entre elles, la demande expresse du metteur en scène de « mettre la langue » dans les scènes de baiser – ce qu’ils se refusent à faire, avoue-t-elle. Ou bien encore se souvient-elle, c’était hier encore, de Federico Fellini et de son sens inné de l’improvisation.

Merci à Claudia pour sa lumineuse énergie, douce et vitale, qui inaugure en beauté pour BIEN EN PLACE l’année 2016.

P. S. : Sur le duel entre brunes et blondes dans le cinéma italien, BIEN EN PLACE a participé en 2012 à l’ouvrage collectif Blondes Mythiques. Représentations de la blondeur dans les arts aux éditions du Murmure. Cf. Jean-Baptiste Chantoiseau, « Une troublante clarté. Visages, apparitions et disparitions de blondes dans le cinéma italien (Rossellini, Antonioni, Fellini) », p. 143-163.

 

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2016 en beauté avec Bettina RHEIMS : deux places à gagner

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Alors que les éditions TASCHEN viennent de sortir une splendide monographie retraçant les travaux photographiques de Bettina RHEIMS des années 1970 à nos jours, l’association Bien En Place, pour fêter, en beauté, le début de l’année 2016, vous invite à venir découvrir la rétrospective « BETTINA RHEIMS » à la Maison Européenne de la Photographie, 5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris !

Cette exposition événement ouvrira ses portes le mercredi 27 janvier 2016 et durera jusqu’au 27 mars 2016.

Nous vous proposons de nous accompagner à la soirée de vernissage du mercredi 27 janvier, à 18 heures. Le carton qui vous sera remis sera valable pour deux personnes.

Pour tenter votre chance, répondez à la question suivante : avec quelle célèbre chanteuse française Bettina RHEIMS a-t-elle récemment collaboré ? Envoyez votre réponse avec vos coordonnées à assobep@gmail.com Le ou la plus rapide d’entre vous pourra nous accompagner à cette soirée magique dans l’univers de Bettina RHEIMS.

Bonne chance et très belle année culturelle à toutes et à tous avec l’association BIEN EN PLACE, plus que jamais fédératrice d’idées et de projets en 2016.

 

Cannes 2015 : Bien En Place affiche ses préférences

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Pendant le Festival de Cannes 2015, la rédaction de Bien En Place a vu 35 films; elle a ainsi pu apprécier un bel aperçu de la Sélection officielle et vivre parfois des moments de grâce ou de gravité. Parmi les plus beaux long-métrages du cru 2015, Bien En Place affiche haut et fort son amour pour Youth de Sorrentino, notre Palme d’or ex aequo, pour ainsi dire, avec le nouveau Todd Haynes, Carol, dont le scénario et la mise en scène sont d’une méticulosité telle qu’elles relèvent de la maestria. De maestro, d’ailleurs, il est question dans le film de Sorrentino, qui raconte comment la retraite en Suisse, dans un pensionnat de luxe, d’un compositeur et chef d’orchestre renommé, va être perturbée par l’arrivée d’un émissaire de la reine d’Angleterre, mais aussi par les courbes irréprochables d’une Miss Univers ambitieuse. Ponctué d’images à l’onirisme fort, le film cultive l’humour et la poésie et offre un final émouvant, digne d’un opéra. Dans un autre registre, Saul Fia de Laszlo Nemes constitue un film d’une intensité remarquable : l’univers des camps de concentration y est montré dans sa froideur et sa cruauté quotidienne grâce à une focalisation inhabituelle, qui permet de suivre la vie d’un prisonnier forcé de travailler à l’entreprise d’extermination nazie. Le film a reçu le Prix du Jury.

 

 

 

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Le film chinois Mountains May Depart de Jia Zhang-Ke est le coup de coeur de la rédaction pour la magnifique émotion qu’il dégage grâce à un scénario, en trois parties (1999, 2014 et 2025), permettant de suive le destin de personnages nostalgiques ou déracinés.

 

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Par la puissance de son univers plastique, de ses couleurs propres à explorer les désirs inconscients et la performance de Marion Cotillard, Macbeth de Justin Kurzel a constitué l’un des temps forts de la fin du festival. L’émotion et la finesse de Mia Madre ont fait du nouveau Nanni Moretti un grand film. Avec des moyens épurés, La loi du marché a créé la surprise par sa capacité à dépeindre une réalité sociale authentique sans surenchère ni excès de dramatisation, comme en témoigne la fin du film. Brutal et cinglant dans un autre registre, Chronic enserre le spectateur dans le drame de la maladie avec un art de la composition d’une efficacité tranchante.

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Impossible de ne pas évoquer la Palme d’or 2015, Deephan de Jacques Audiard, récompense méritée pour la carrière du cinéaste même si ce dernier opus n’est pas une absolue réussite : la première partie du film offre un scénario crédible et une mise en scène prenante mais la surenchère de la suite et le happy ending improbable peinent à convaincre. Citons enfin l’un des scénarios les plus intéressants : Louder Than Bombs de Joachim Trier, un film post-moderne qui offre à Isabelle Huppert un rôle taillé sur mesure.

La disparition, la fuite du temps et la figure de la mère ont constitué trois thèmes récurrents de la sélection 2015, placée, au demeurant, sous l’égide d’Ingrid Bergman; étoile décidément pertinente de cette nouvelle constellation de films qui a déjà commencé à investir les écrans français.

La rédaction de Bien En Place. 

Coup de coeur – Festival de Cannes 2015 : Nahid, un film de Ida Panahandeh

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La rédaction de Bien En Place a eu un vrai coup de coeur, cette année, au Festival de Cannes pour le premier film de Ida Panahandeh, Nahid (Iran, 1 h 42).

Le drame a l’efficacité d’une tragédie classique : « Nahid, jeune divorcée, vit seule avec son fils de dix ans dans une petite ville au bord de la mer Caspienne. Selon la loi iranienne, la garde de l’enfant revient au père mais ce dernier a accepté de le céder à son ex-femme à condition qu’elle ne se remarie pas. La rencontre de Nahid avec un nouvel homme qui l’aime passionnément et veut l’épouser va bouleverser sa vie de femme et de mère » (synopsis du film).

Les images dès l’ouverture sont d’une beauté confondante, teintée de mélancolie. On pensera, en particulier, aux plans de l’héroïne, dos à la caméra, contemplant un ciel nuageux sur une plage déserte et grise. L’art de la composition et de la peinture ne sont jamais bien loin, dans un style romantique propre à évoquer Caspar Friedrich, en particulier son Moine au bord de la mer.

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Si l’on compare ce film au chef-d’oeuvre de Asghar Farhadi, A propos d’Elly, qui propose aussi une ambiance aquatique, on sera tenté de dire que là où la mer, chez le réalisateur iranien, est teintée d’angoisse et de mystère, ici elle accompagne une réflexion, plus douce, plus triste aussi mais avec toujours une espérance, tant les vagues, même sur un ciel gris, symbolisent toujours le retour de la vie, dans tous ses aléas, ses hauts et ses bas…

De fait, le film plonge le spectateur dans une tempête intérieure; celle d’une femme, déchirée entre les liens du sang qui l’unissent à son fils, la chair de sa chair, et son désir d’un horizon nouveau aux côtés d’un homme solide comme un roc; homme qui est aux antipodes de son premier mari, un cousin avec lequel elle a été unie trop vite, trop jeune.

Le drame est servi par un jeu d’acteurs remarquable, tant en ce qui concerne les enfants que les adultes, ce qui témoigne de la sensibilité extrême de la réalisatrice. Car loin de n’être qu’une simple contemplation, ce long-métrage, non dépourvu d’un certain humour (on pensera au fameux divan rouge), est traversé de poussées violentes qui en font une fable à la fois intime et sociale.

Présenté en compétition dans la sélection « Un certain regard », le film a remporté le Prix de l’avenir ex aequo ; prix qui lui a été remis par Isabella Rossellini, présidente du jury.

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L’équipe de Bien En Place a eu la chance de pouvoir rencontrer à Cannes l’équipe du film.

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Nous soutenons fort ce premier long-métrage et espérons le voir sortir sur les écrans français et mondiaux dans un avenir proche.

La rédaction de Bien En Place.

Bien en place au Festival de l’histoire de l’art de Fontainebleau ce samedi 30 mai à 15 h.

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Ce samedi 30 mai, Jean-Baptiste Chantoiseau donne une conférence, dans le cadre du Festival de l’histoire de l’art à Fontainebleau, dédiée à l’image cinématographique et à ses évolutions des frères Lumières à nos jours.

La conférence aura lieu de 15 h. à 15 h 50 au cinéma l’Ermitage, 6 rue de France, 77 300 Fontainebleau.

Résumé :

http://festivaldelhistoiredelart.com/programmes/lere-du-numerique-ou-la-nouvelle-matiere-de-limage-cinematographique/

Le programme de cette manifestation est d’une très grande richesse : http://festivaldelhistoiredelart.com/

Venez nombreux !

Bien en place au Festival de Cannes 2015 : avant-première du nouveau Woody Allen, Un homme irrationnel, avec Emma Stone et Joaquin Phoenix

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L’équipe de Bien en place est présente pour la 3e année consécutive au Festival de Cannes 2015. De nombreuses chroniques ou des articles vont donc suivre dans les dix jours à venir.

Ce vendredi 15 mai, nous avons assisté à l’avant-première du nouveau film de Woody Allen avec Emma Stone et Joaquin Phoenix dans les rôles principaux.

D’une durée d’une heure trente-six, ce long-métrage est un concentré de l’art de Woody Allen, depuis le générique, à la typographie habituelle, jusqu’à la chute finale et inattendue quelques minutes avant la fin. Le ton est donné dès la séquence d’ouverture: un professeur de philosophie, incarné par Joachim Phoenix, roule à vive allure dans sa décapotable tout en buvant un shot de whisky sous un soleil étincelant. Il se rend sur le nouveau campus où il a été affecté, dans les environs de Providence, sur la côte est américaine. Sa réputation l’a d’ailleurs précédé, comme le montre une suite de plans très brefs, à l’humour grinçant, retraçant tous les commérages sur son compte : séducteur invétéré, en dépression depuis la mort de son meilleur ami, il a été quitté par sa femme et cultiverait un esprit rebelle et fonceur. Du quoi séduire les étudiantes du campus de philosophie, à commencer par une jeune femme rousse, vive et diablement intelligente, incarnée par Emma Stone avec beaucoup de fraîcheur, et qui va entrer, pour le meilleur et pour le pire, dans la vie de celui que tout le monde finira par appeler Abe.

Voulant pendre son spectateur en haleine, Woody Allen enchaîne l’action de manière allègre, sans donner toutefois parfois le temps aux sentiments des personnages de se développer ; d’où des enchaînements très rapides et des « deus ex machina » qui ponctuent la fiction de manière parfois irréaliste. Mais qu’importe ! Derrière ces « deus ex machina » se cache un artiste-orchestre, Woody Allen en l’occurrence !, qui tient toutes les ficelles en main et ne le cache pas, pour son plus grand plaisir et pour le notre aussi tant l’humour – et une certaine frénésie – ressortent de cette fiction dans laquelle on se laisser emporter malgré soi.

Le film, qui n’est pas sans évoquer l’atmosphère d’un Fitzgerald (les discussions intellectuelles, la fête, la vitesse, l’alcool, la côte est américaine…) s’offre aussi comme une parabole sur les excès possibles où entraîne l’exercice de la pensée et le délire qui peut parfois en résulter. Mais nous n’en dirons pas plus cette fiction, pour ne pas gâcher le plaisir de la surprise sur lequel repose le film !

Jean-Baptiste Chantoiseau