CANNES 2021 : critiques en place

UN CERTAIN REGARD : Blue Bayou de Justin Chon (à venir !)

Sélectionné au Festival de Cannes 2021 dans la catégorie « Un Certain Regard », Blue Bayou de l’Américain Justin Chon éveille la curiosité. À ce jour, pas de bande-annonce, très peu de photos, un synopsis tout de même. Antonio LeBlanc (Justin Chon), un Américain d’origine sud-coréenne, installé en Louisiane avec sa femme Kathy (Alicia Vikander), découvre une faille dans son statut d’enfant adopté qui pourrait causer sa déportation des États-Unis, le seul pays qu’il connaisse. Tourné sous l’ère Trump, le film est assurément un drame.

Une image montre la famille à l’avant d’un véhicule, l’homme heureux et déterminé au volant, la femme tout sourire enlace sa fillette qui serre une peluche rose. Cadrage rapproché, personnages baignés de lumière, scène de la vie simple. Le trio est confiant, regarde la route comme une promesse. Une autre image, en contre-plongée, glorifie un moment intimiste dans un paysage naturel. Le couple et l’enfant se tiennent à gauche de l’écran, contemplent un point hors champ, forment une trinité tranquille avec le ciel et le sommet d’un arbre immense au-dessus d’eux. Leur bonheur, trop parfait, va être contrarié.

Le titre du film est peut-être une référence à la chanson Blue Bayou, une ballade mélancolique qui fut inspirée à Roy Orbison et Joe Melson lors d’un voyage entre l’Arkansas et le Texas et qui fut magistralement reprise par Linda Ronstadt en 1977. Si l’on écoute les paroles de la chanson, on devine que le film de Chon évoque le lien viscéral, indestructible que les individus entretiennent avec leur ville, région, pays. On devine que l’éloignement de cet espace – la Louisiane, ses bayous, ses gens, son atmosphère – n’engendrera que nostalgie. « I’m going back someday/Come what may/To Blue Bayou/Where the folks are fun/And the world is mine. » (« Un jour je retournerai/Advienne que pourra/À Blue Bayou/Où les gens sont sympas/Et le monde est à moi. »)

Le long-métrage de Justin Chon ajoutant un motif politique à la séparation d’avec le lieu de vie et la cellule familiale, toute la question est de savoir comment des citoyens ordinaires, soudain pris au piège par les autorités, se confrontent à leur sort.

Esther Heboyan

COMPETITION OFFICIELLE : Benedetta de Paul Verhoeven

Benedetta de Paul Verhoeven, en sélection à Cannes 2021

Étude de la bande-annonce en 68 plans. Paroles et visions mystiques. Actes érotiques. Religion et société toscane au XVIIème siècle.

1.Intérieur couvent, réfectoire. Tonalités fort austères. Plan poitrine sur sœur Benedetta Carlini (Virginie Efira), coincée entre deux silhouettes sans visage, qui soudain se confie à sa voisine : « J’ai vu Jésus ! » Angélisme et malice.

2.Contre-champ sur l’interlocutrice (Clotilde Couraut) fixant du regard Benedetta décentrée à droite, visage dérobé, qui poursuit : « Il est venu à moi. »

3.Confidente cadrée à gauche de l’écran, tête baissée et muette. Benedetta recentrée, plus convaincue que jamais d’être l’élue de Jésus : « Je suis son épouse, n’est-ce pas ? » Paroles immodestes, choquantes. Va-t-on la croire ?

4.Motion design, inscription orange du logo Pathé !, ombres grises du logo projetées à l’arrière-plan. Musique tragique et voix-off de Benedetta confessant : « C’est Jésus qui m’a fait ça. » Le « ça » ne sera pas montré.

5.Intérieur église, plan d’ensemble.  Religieuses groupées en demi-cercle, Benedetta leur fait face. Elle a apporté des preuves, le « ça », toujours invisible. Mais cette fois-ci, réaction des sœurs : exclamation (« Les stigmates ! »), vénération (on se prosterne). Très belle lumière au-delà des bancs vides. Le terrestre et le divin.

6.Plan de demi-ensemble. Au centre la supérieure Felicita (Charlotte Rampling) qui semble, de par son regard oblique, douter de la sincérité de Benedetta. Celle-ci, de dos, n’est que silhouette en uniforme noir. Les autres religieuses, alignées de front et de profil, semblent manifester adhésion ou soupçon. Dès lors, quelle place pour Benedetta dans sa communauté ?

7.Sur une voix off masculine adhérant à la version de Benedetta, plan rapproché sur Felicita de plus en plus dubitative.

8.Benedetta réapparait, dénudée, en proie à des transes, du sang coule sur une épaule.

9.Agitation de rue. Immobile entre deux silhouettes partiellement visibles, femme anonyme se signant avec ferveur devant le couvent en hors champ. Témoignage d’adoration envers Benedetta.

10.Plan plus général, vue sur les portes du couvent. Villageois pieux ont déposé des offrandes. Réputation grandissante de Benedetta.

11.Intérieur église. Religieux et fidèles à la messe. Lumière sanctifiante sur l’autel. Voix off masculine prononce avec exaltation le nom de Benedetta.

12.Conversation privée entre Felicita et un dignitaire qui tente de justifier sa position :  « Vous me croyez trop prompt à croire à ce miracle ? »

13.Contre-champ sur la supérieure, tête penchée vers un rectangle de lumière dorée se reflétant sur le rebord d’une fenêtre, comme mieux éclairée que son interlocuteur, émet de fortes réserves : « Je pense que vous n’y croyez pas du tout. »

14 : Écran noir et inscription : « Cette histoire est inspirée de faits réels. » Effectivement, le film de Verhoeven est adapté du livre de l’historienne américaine Judith C. Brown, Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne[1], qui raconte la vie de Benedetta Carlini (1590-1661), entrée dès l’âge de neuf ans au couvent des Théatines à Pescia en Toscane, nonne jugée trop mystique et immorale, condamnée à l’isolement pendant 35 ans. Il n’est pas certain que le cinéma de Verhoeven aille dans le sens de ce jugement.

15.Plan général, nouvelle démonstration de vénération. En présence de témoins, Bartolomea (Daphne Pathakia) surgit d’une voûte illuminée et se jette aux pieds de Benedetta :  « Amenez-moi ! » On s’interroge sur ce qui motive cette requête.

16.La caméra remonte de la jeune nonne prostrée au sol, s’arrête en plan rapproché taille  sur Benedetta, choquée par cette adepte. À l’arrière-plan, une porte ouverte révèle une splendide lumière le long d’un mur. Comme dans d’autres scènes, la photographie oppose la froideur et la texture sinistres des édifices en pierre à la chaleur et à la fluidité de la lumière se déversant d’une source invisible que l’on pourrait qualifier de céleste.

17.Intérieur couvent, cellule sombre. Benedetta et Bartolomea dans la sphère privée. Gros plan sur les mains de Benedetta versant une bassine d’eau sur Bartolomea nue, filmée en plongée derrière un rideau. L’angle de la caméra suggère un risque plausible dans le récit.

18.Interlude apaisant, Benedetta s’active dans l’obscurité de la cellule. Effet tableau flamand, clair-obscur produit par deux bougies, l’une murale à gauche, l’autre posée sur une surface à droite. Lorsqu’elle révèle son nom à Bartolomea, Benedetta avance vers une lumière qui l’enveloppe et la glorifie.

19.Benedetta accroche une serviette sur la barre du rideau à l’intention de Bartolomea.

20.Long plan américain sur les deux silhouettes. Benedetta, de dos, masse noire en uniforme. Bartolomea, de face derrière le rideau transparent, glisse en essayant d’attraper la serviette, pousse des cris hystériques. En essayant de la retenir, Benedetta lui frôle les seins. Le rire nerveux de Bartolomea a une sonorité démoniaque. Va-t-elle mettre à l’épreuve la mission de Benedetta ?

21.Plan serré de trois-quarts sur Benedetta qui, perturbée par le contact charnel, fixe un point invisible avant de relever la tête à l’appel de Bartolomea.

22.Gros plan sur Bartolomea la brune qui, chez Verhoeven, devient la tentatrice. Voix off de Benedetta servant de transition : « C’est Dieu qui… »

23.Contre-champ sur Benedetta la blonde qui chuchote en voix off pour se convaincre de se laisser séduire.

24.Gros plan circulaire autour de la tête de Benedetta, posture de prière devant une simple bougie, aveu en off de son impuissance à diriger Bartolomea.

25.À l’office, au milieu de religieuses dont Bartolomea en uniforme blanc dénotant son rang de jeune nonne, Benedetta a une expression de zèle mêlée de frayeur. L’heure est à la dévotion. Une bougie à gauche, une autre à droite, en guise d’ordre, d’équilibre et d’inspiration divine.

26.Gros plan sur le bras et la main de Bartolomea qui caresse le dos de Benedetta pendant l’office.

27.Gros plan sur Benedetta qui frissonne d’émotion.

28.Vision d’un serpent qui se dresse et darde sa langue vers la caméra. Symbole primaire, tentation et chute prévisibles.

29.Felicita, plan poitrine, dans un fauteuil face à Benedetta, exerce son autorité. Aucune lumière, aucune bougie pour suggérer le moindre échappatoire. L’heure est à l’évaluation. Examen de la relation qu’entretient Benedetta avec Bartolomea.

30.En alternance avec la séquence de l’interrogatoire, insertion de scènes intimes. Plan large sur la chambre commune. Retour sur l’intimité naissante entre les deux nonnes, Benedetta contemplant Bartolomea qui se dénude derrière un voilage. Bougie sur console projette son reflet sur une commode, marquant une trajectoire possible vers Benedetta qui semble dans l’attente de l’événement. Tableau tout en nuances.

31.Plan d’ensemble (vision subjective de Bartolomea qui regarde par la fenêtre ?), cour intérieure du couvent, puits central. Façades et galeries grises, fenêtres en ogive, rosace. Tout suggère ordre et silence. Mais le ciel est presque complètement éliminé du cadre, la foudre détonne. Musique brusque, tourmentée.

32.Intérieur chambre, nonnes couchées. Gros plan sur Benedetta qui se touche le sein, Bartolomea, intriguée à son tour, soulève la tête.

33.Bureau de Felicita. Une tenture d’un rouge profond à l’arrière-plan, Benedetta ressemble à une madone, répond calmement à sa supérieure, réfute tout soupçon. Les deux femmes semblent à égalité.

34.Les mensonges de Benedetta sont évidents. Sur la voix off de Felicita qui continue de la questionner, la caméra fait un gros plan sur le baiser passionnel échangé par les deux nonnes.

35.Recadrage serré sur Benedetta contre la tenture rouge. Une pointe de panique dans ses yeux.

36.Inscription sur écran noir : « Le nouveau film de Paul Verhoeven ».

37.Suite de la scène érotique dans la chambre. Plan rapproché taille. Corps plus dénudés, gestes plus intenses, homosexualité débridée. Que va dire la communauté catholique ? La voix off d’une religieuse s’empresse d’accuser : « Ce qui se passe ici est un blasphème. » (Que va dire l’Église catholique aujourd’hui ?)

38.La religieuse est venue se plaindre à Felicita. Encadrée par de lourds rideaux verts ouvrant sur une pièce annexe, le haut de sa coiffe se découpant contre un dégradé de lumière (blanche, orangée, rouge brun) attachée à une fenêtre, la religieuse aux joues empourprées dégage une certaine aura.

39.En contrechamp harmonieux, sous une lumière doublement diffusée par des vantaux rectangulaires et disséminée dans les plis de la pierre, Felicita conforte, à voix basse, la religieuse dans son idée :  « Ceux qui comptent le savent déjà. »

40.Plan d’ensemble, une rue du village. Une procession de flagellants sous un soleil torride, pénitence et rédemption selon la Passion de Jésus. Ramasseurs de corps, corps empilés dans charrette ou gisant par terre. Ceux qui ont pêché doivent se flageller.

41.D’où la scène d’auto-châtiment au couvent. L’accusée, dos dévêtu, se flagelle devant ses juges.

42.De profil et prostrée, Benedetta se relève, comme réhabilitée et réintégrée dans sa communauté. Mais la voix off d’un ecclésiaste signale que l’enquête n’est pas terminée :  « Si cette sœur est coupable du blasphème dont vous l’accusez, elle ira au bûcher. »

43.Verhoeven montre une nouvelle scène du blasphème d’immoralité. Les deux nonnes et leurs ébats amoureux à gauche de l’écran. Contraste avec la partie à droite : la chambre ressemble à une chapelle. Croix en bois géante suspendue au mur, lumière rougeoyante qui émane de deux bougies sur des pique-cierges, l’une brûle au fond de la pièce près de la croix, l’autre à l’avant-plan près du lit, une dynamique en diagonale bien plus marquée qu’au plan 30. Sacrement de l’amour charnel par Verhoeven.

44.Plan rapproché sur le Nonce (Lambert Wilson) envoyé par le Saint-Siège pour encadrer l’enquête. Châtiment du bûcher prédit. Le costume de l’ecclésiaste se confond avec le tissu en velours brodé du fauteuil. Quatre dorures complètent le poids de l’institution : bec verseur orné d’un pichet, deux moulures symétriques surmontant le dossier du fauteuil d’apparat, mobilier indistinct au loin.

45.Extérieur rue. Travelling accompagnant Benedetta et Bartolomea, décoiffées et robes en bure, s’enfuient sous les yeux des villageois. De grosses flammes se superposent à l’image.

46. Le Nonce se sustente et prévient la personne qui l’écoute hors champ, probablement Felicita :  « Des accusations extraordinaires…» Cadrage plus éloigné qui précise la circonstance et le statut de l’ambassadeur du Pape : repas dans salle privée, pichet rempli de vin, vin rouge dans verre prolongeant la palette des couleurs de l’habit et du fauteuil.

47.Extérieur nuit. Benedetta et Bartolomea de dos, contemplant un ciel rouge zébré d’éclairs au-dessus de l’église en flammes. La voix off du Nonce se poursuit : « …exigent… »

48.Le Nonce termine sa phrase : « …des preuves extraordinaires. » Intérieur chambre. Plan poitrine. Les nonnes en chemises de nuit, de profil, posture tendue, découvrent un spectacle – une catastrophe ? – par la fenêtre. Jolie lumière sur le visage de Bartolomea, Benedetta plus en retrait. Verhoeven semble innocenter celles que la communauté catholique soupçonne de blasphème.

49.Sur écran noir et rythme saccadé s’affiche le nom des interprètes principaux : Virginie Efira, Charlotte Rampling, Daphne Patakia, Lambert Wilson.

50.Gros plan sur Bartolomea qui écoute Benedetta soulignant le mystère de Dieu : « Je ne sais pas comment Dieu fait arriver les choses ».

51.Contre-champ sur Benedetta qui réaffirme son statut d’élue : « Je sais seulement qu’il accomplit sa volonté à travers moi ». Tout le film donc oppose une religieuse qui s’attribue des pouvoirs mystiques émanant de l’être suprême et l’institution catholique à l’époque de la Renaissance italienne qui ne tolère pas une telle exception. D’autant plus que les mœurs lesbiennes de Benedetta en font une figure blasphématoire, candidate désignée pour le châtiment.

52.Nouvelle démonstration de la passion amoureuse et de la tentation de la chair. Bartolomea se jette sur Benedetta et l’embrasse avec fougue.

53.Extérieur nuit. Plan d’ensemble. Cérémonie de ferveur religieuse. Crucifix en évidence, multiples torches allumés, fidèles, dignitaires, religieux en coule, nonnes. Coin à droite, Benedetta (?) levant les bras au ciel.

54.Montée de la violence contre l’hérétique. Supplice exercé par trois religieuses contre Benedetta qui se débat dans son lit.

55.Sous un ciel agité, Benedetta, attachée contre le corps de Jésus sur le crucifix, reçoit des coups de fouet, hurle. Voix off de l’investigateur : « Tu dois faire des aveux complets. » Benedetta, coupable de visions qui ne seraient que des fantasmes ?

56.Gros plan sur la main ensanglantée de Benedetta jointe à la main crucifiée de Jésus. Autre vision mystique. Ciel chaotique aux couleurs intenses, comme le tableau La Tempête (1505-1508) de Giorgione.

57.Très gros plan sur Benedetta qui s’insurge contre Le Nonce.

58.Intérieur église. Devant l’autel aux quatre chandelles, Benedetta pieuse, apaisée, stigmate sur sa main droite, se recueille. Groupe de nonnes qui l’observe. Très belle lumière descend au fond. Moment de grâce. Voix off masculine l’exhorte à renoncer à sa vanité.

59.Vanité revenue. Benedetta semble atteindre l’orgasme par la main de Bartolomea.

60.Gros plan sur le visage de Benedetta qui jouit.

61.Par un trou, creusé dans le mur, un œil bleu voyeuriste qui fausse l’atmosphère de piété tant défendue.

62.Benedetta, debout sur une estrade, entourée de dignitaires et du Nonce, montre à la foule ses paumes ensanglantées.

63.Extérieur village. Soldats, paysans autour de la place. Benedetta descendue de l’estrade. Non loin devant elle se dresse Felicita sans sa coiffe, en robe noire. Dignitaires restés sur estrade. Personnage en robe et cagoule rouges (le bourreau ?) semble attendre à côté d’un torche allumé et d’un amas de paille. Le moment du châtiment est-il venu ?

64.Intérieur couvent. Face à une scène qu’elle juge horrifiante, Felicita hurle de toute son âme. Contre qui ? Contre quoi ?

65.Benedetta, en habit de nonne, s’enfuit à toute allure. Travelling vers la droite comme au plan 45.

66.Générique, titre du film en lettres rouges retentissantes & nom du réalisateur en écriture plus discrète. Voix off de Felicita qui rationnalise : « On ne comprend pas toujours les instruments de Dieu. » Un chant liturgique scrute l’insondable.

67.Benedetta de dos devant ses juges, se retourne vers la caméra pour suivre du regard quelqu’un dans le hors champ. Voix off de Felicita qui propose une première interprétation sur la condition d’élue de Dieu : « Peut-être a-t-il mis Benedetta en transes ? »

68.Benedetta s’est retournée pour regarder Bartolomea qui semble gênée et se lève pour quitter l’assemblée. Est-elle la cause de la mise en accusation de Benedetta ? Voix off de Felicita qui propose une seconde interprétation : « Ou bien Dieu nous a envoyé une folle qui débite des sottises pour servir ses desseins. » Le chant liturgique qui clôt la séquence laisse la place au mystère.

Verhoeven ne tranche pas. Il nous montre comment une société pieuse, dirigée par des valeurs et préceptes religieux, peut engendrer des individus tellement fanatiques que l’ordre et le sens même de cette société s’en trouvent bouleversés, voire faussés. Si ce fanatisme, sous couvert de mysticisme, intègre des élans jugés répréhensibles – ici, la prétention à se croire l’épouse de Jésus et la consommation d’amours lesbiennes – l’autorité religieuse en vient à harceler et éliminer l’individu. Presque cinq siècles après le Nonce dépêché en Toscane par le Saint-Siège, Verhoeven mène sa propre enquête sur Sœur Benedetta, fouille son âme et son corps, en fait une illuminée de sang et de chair.

Esther Heboyan


[1] Judith C. Brown. Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne. Toscane, XVIIème siècle. Trad. Louis Evrard. Paris : Gallimard, coll. Bibliothèque des Histoires, 1987.