Sous la lumière de Darius Khondji

Jordan Mintzer, le 25 juin 2019, a été lauréat du 3e Prix du livre de cinéma du CNC pour un ouvrage que tous les amoureux du 7e art devraient avoir un jour entre leurs mains : CONVERSATIONS AVEC DARIUS KHONDJI (éditions Synecdoche, 2018). En présence du grand critique et historien du cinéma Michel Ciment, de l’éditeur et de la présidente du jury, la comédienne Emmanuelle Devos, cette cérémonie a permis de mettre sous la lumière l’œuvre d’un des plus grands chefs-opérateur de l’image au monde : Darius Khondji.

Ce livre bilingue (français/anglais) constitue une authentique prouesse éditoriale, ayant nécessité de nombreuses années de travail. Le lecteur y trouvera des documents d’archives inédits, des photos de tournages, des extraits de storyboards ou des moodboards qui tous reflètent la riche carrière de Darius Khondji. Les passionnantes conversations entre ce dernier et Jordan Mintzer, producteur de films et critique new yorkais, offrent une contribution majeure à la connaissance d’un métier dont il est hélas trop peu question dans les ouvrages de cinéma : celui de chef-opérateur de l’image. Il comporte en outre des interviews d’artistes avec lesquels Darius Khondji a collaboré… et la liste est impressionnante : Jean-Baptiste Mondino, Jean-Pierre Jeunet, Bernardo Bertolucci, Woody Allen, Isabelle Huppert, James Gray… Leurs témoignages apportent des points de vue précis et singuliers : on appréhende ainsi grâce à eux, de façon très parlante, certains des défis que Darius Khondji a été amené à relever et la manière dont il y est parvenu. De plus, en donnant la parole à des étalonneurs, des cadreurs, à des techniciens et artistes de renom, comme Yvan Lucas, Jörg Widmer, Philippe Parreno ou Frank Weterrings, Jordan Mintzer prolonge cette exploration de la fabrique des films de manière didactique, sans jamais séparer ce qui relève de la technique et de l’artistique. Par ailleurs, un avant-propos de Michel Ciment – rappelant la nécessité de dépasser la simple « politique des auteurs »pour envisager le cinéma comme un travail collectif – et une conclusion touchante de Nicolas Winding Refn, encadrent de la plus belle des façons l’ouverture et la fin du livre.

Les conversations en continu entre Darius Khondji et Jordan Mintzer forment le cœur battant de ce livre vivant et reviennent – en plus des artistes déjà cités ci-dessus – sur ses collaborations avec David Fincher, Alan Parker, Roman Polanski, Danny Boyle, Sydney Pollack, Michael Haneke, Wong Kar-Wai, Bong Joon Ho… entre autres ! La participation de Darius Khondji à de si multiples chefs-d’œuvre cinématographiques permet au dialogue avec Jordan Mintzer de faire entrer, de manière exemplaire, le lecteur dans les arcanes de la conception et de l’exécution de l’image de cinéma.

   

L’équipe de Bien en place avec Darius Khondji au CNC le 25 juin 2019 et un extrait du livre paru chez Synedoche (2018).

Dans son introduction, Jordan Mintzer, revient sur l’éternelle opposition entre artiste et artisan. Ce débat a traversé toute l’histoire de l’art et concerné plus particulièrement les peintres, qui de simples « coloristes » voulaient être considérés comme des intellectuels et des artistes à part entière, au même titre que les poètes et les écrivains. De la Renaissance italienne à nos jours, les siècles passent mais les thématiques reviennent, certes à propos d’un art différent – le cinéma – dont Canudo dès les années 1920 affirmait qu’il était la synthèse de tous les arts -; un art qui justement invite à tout repenser, tant il nécessite la collaboration de métiers et de champs disciplinaires différents.

Film après film, page après page, la dimension artistique du travail technique sur l’image opéré par Darius Khondji s’impose. L’auteur affirme même l’existence d’un style propre à Darius Khondji : « Je ne suis […] pas le seul à remarquer certaines tendances dans sa façon de faire les images et d’éclairer, depuis sa prédilection pour les noirs et les ombres jusqu’à son utilisation du doré et autres lumières chaudes pour ponctuer un plan » (p. 13) ; thèse à laquelle Darius Khondji oppose une approche plus pragmatique, déclarant être à chaque fois au service d’un film et d’un réalisateur et trouver des solutions propres à une histoire et à une esthétique spécifiques.

Et si ces deux vues n’étaient pas si incompatibles qu’elles n’y paraissent ? Le débat, captivant, ne cesse d’être relancé chapitre après chapitre, dans cet ouvrage construit à la manière d’une enquête. Il est vrai qu’en revoyant les films dans lesquels Darius Khondji a été impliqué, un air de famille se constate ; chaleur dorée de l’image, atmosphères jaunes-rouges, densités de noir et blanc, art du contraste. Il apporte ainsi à certains scénarios une vision profondément originale qui aboutit à l’émergence d’un univers plastique singulier et marquant pour le spectateur, à contre-courant parfois de ce qui est attendu pour un genre donné. Les propos de Jean-Pierre Jeunet sont à ce sujet très éclairants. Revenant sur Delicatessen (1991), il déclare : « Sur ce film, il a eu l’idée presque révolutionnaire de tourner avec des couleurs chaudes alors que ce genre d’histoire aurait d’ordinaire impliqué des tons beaucoup plus froids » (p. 93).

La capacité des images de Darius Khondji à frapper l’œil et la mémoire du spectateur se vérifie dans bien des films, comme le montre l’exemple de The Immigrant (2013) de James Gray. Nous avions découvert ce long-métrage lors de sa présentation à Cannes – sans en connaître par avance le générique, placé intégralement à la fin. Si le scénario et surtout le développement des personnages pouvaient, de notre point de vue, laisser le spectateur sur sa faim, les images, en revanche, avec leur luminosité singulière, provoquaient une impression forte : la statue de la Liberté se détachant d’un horizon sépia/orangé ; l’atmosphère rouge-jaune pour rendre la réalité d’espaces intérieurs éclairés à la lampe ou à la bougie dans les années 1920 ; la scène dans l’église avec les cierges et les ondes lumineuses passant à travers les vitraux ; la lumière froide et grise de l’eau et du ciel pendant la traversée vers Ellis Island et cet incroyable plan final, où lumières intérieures et extérieures se mêlent : on y voit, à travers une lucarne fermée par des barreaux, l’héroïne et sa sœur s’éloigner de l’île en bateau tandis que le héros, à la moralité ambiguë, quitte la pièce ; sortie du personnage dont un miroir permet au spectateur d’être le témoin. Tous ces éléments mêlant intérieur, extérieur et reflet se fondent dans un seul et unique plan, où la lumière fait office de synthèse en réunissant, une dernière fois, des personnages dont les destinées se poursuivent dans des directions opposées.

Les exemples pourraient se multiplier à l’infini tant ce livre représente une invitation au voyage ; voyage dans des univers filmiques, des horizons, des ambiances mystérieuses ou chaleureuses : polaroids dans New York frappés d’inquiétante étrangeté ; désert de Mauritanie entre chien et loup  ; photos de tournage en Italie ou de repérage aux États-Unis… Partout émane un sentiment de curiosité et de générosité du regard ; le plaisir des rencontres, des croisements, des synesthésies. Le lien entre peinture et cinéma participe d’une telle gourmandise intellectuelle : des peintres de la Renaissance italienne en passant par Edward Hopper ou par les clairs-obscurs du Caravage. Un œil nourri est un œil bien averti et capable de mettre son expertise au service d’un projet. Le brassage des références et la fertilité des échanges lors de la préparation des tournages comme celui de Seven (1995) s’y avèrent primordiaux et ouvrent là encore des pistes de réflexion fertiles. Enfin il est aussi question du numérique dans cet ouvrage qui tord là encore le cou à certaines idées-reçues : « Avec le numérique, on peut ajouter tout le grain ou le contraste qu’on veut. Je n’ai rencontré aucun problème pour faire en numérique ce que je faisais avant sur pellicule » affirme Darius Khondji.

Conversations avec Darius Khondji de Jordan Mintzer est donc un livre important et éclairant à tous points de vue. En ce mois de mai où les amoureux de cinéma se voient privés de festival de Cannes et de salles obscures, il constitue l’antidote au spleen et relance délicieusement le moteur de la caméra… et celui de l’imagination.

Jean-Baptiste & Raphaël Chantoiseau

La rédaction de Bien en place a eu le privilège d’être photographiée par le maître des ombres et de la lumière, Darius Khondji… devant  La Porte de l’Enfer au musée Rodin ! Puis l’ange a posé entre les deux démons, grâce à la complicité de Marianne Khondji. Nous les en remercions tous deux infiniment.

Bien en place avec Brigitte Macron et Bettina Rheims !

Il y a 3 ans jour pour jour, le 7 mai 2017, Emmanuel Macron devenait le 8e Président de la République sous la Ve République. A cette occasion, retour en images sur la rencontre de Bien en place avec Brigitte Macron, le 8 février 2018, au château de Vincennes.

 

 

Dans ce haut lieu de l’histoire de France, Bettina Rheims a exposé des portraits de femmes photographiées en prison. Frontalité, couleur, lumière, regard : grâce à sa maîtrise de la composition, l’artiste a offert un témoignant touchant, humaniste et combattif.

Lors de cette soirée inoubliable, Jean-Baptiste Chantoiseau a pu remettre son premier roman, Robert Mapplethorpe, La chambre blanche (éditions HD) à la première dame de France ainsi que le Guide du musée Rodin, tandis que Raphaël Chantoiseau s’est entretenu avec elle de leurs passions communes pour l’art et le cinéma. Encore un moment « Bien en place ».

La Rédaction

 

Bien en place avec Keanu Reeves et Alexandra Grant

Que signifie « Bien en place » ? Un goût particulier pour la recherche des moments d’exception, des moments de vibration, de ces moments où les planètes s’alignent, où l’on ne changerait rien, pas un détail, pour rien au monde. Il faut y croire toujours, il faut se battre souvent, et de l’ombre vient la lumière… En cette année 2020, très particulière, la rédaction de Bien en place a décidé de partager en ligne ses plus beaux souvenirs « Bien en place », comme cette inoubliable soirée avec Keanu Reeves et Alexandra Grant en novembre 2017, à l’occasion de leur sublime projet mêlant photographies et poésies : « Shadows ».

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For 2020 we need a new matrix and we need you Keanu Reeves! Incredible memory of a night in Paris with Keanu Reeves and Alexandra Grant for the presentation of their artistic project « Shadows » #keanureeves #alexandragrant #shadows #galeriegradiva #jeanbaptiste_chantoiseau #raphael_chantoiseau #innangelo #bienenplace

2019, année Barbara Hepworth

Le musée Rodin a consacré en 2019 une exposition événement à Barbara Hepworth (1903-1975) ; artiste anglaise méconnue et qui a pourtant révolutionné la sculpture au XXe siècle. C’est la première fois qu’une rétrospective lui est dédiée à Paris, grâce au concours remarquable de la TATE et de l’Hepworth Estate.

   

Le parcours de l’exposition a permis de mieux comprendre les liens profonds entre Barbara Hepworth et la France mais aussi sa reconnaissance internationale, très importante au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le visiteur pouvait ensuite découvrir, dans une deuxième section, une reconstitution de l’atelier de l’artiste ; une myriade de photographie permettant aussi d’appréhender son rapport aux matériaux et ses techniques de création. Son attrait pour le bio-morphisme et pour la nature s’illustrait dans de précieuses lithographies tandis qu’un documentaire plongeait le visiteur dans l’univers de St-Yves et de ses environs. De fait, le paysage et l’espace ont toujours joué un rôle de premier plan dans la sculpture de Barbara Hepworth. La dernière salle enfin, telle une authentique « forêt », rassemblait une multitude d’œuvres, donnant une vue d’ensemble de son incroyable créativité, sur une multitude de supports dont son matériau de prédilection : le bois.

Le mercredi 30 octobre 2019, a eu lieu le vernissage de l’exposition,  en présence des commissaires de l’exposition – Catherine Chevillot, directrice du musée Rodin, Sara Matson, conservatrice à la Tate – de Sophie Bowness, ayant-droit de l’artiste ainsi que de la directrice de la TATE St Yves, Anne Barlow. De très nombreux ami(e)s de Bien en place étaient aussi présents ! Retour en image sur cette inoubliable soirée.

 

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Le catalogue de l’exposition a été coréalisé par Jean-Baptiste Chantoiseau pour le musée Rodin et par Lore Gauterie pour les éditions Infine.

 

Il était en lice pour le prix CatalPa 2019 le 15 novembre 2019. A la cérémonie de remise organisée à la mairie du 3e arrondissement, nous avons pu rencontrer, entre autres, Catherine Meurisse.

 

Enfin la Community Association de l’UNESCO, pour la 40e session de la Conférence générale (12-27 nov 2019), a pu visiter l’exposition au musée Rodin avec Jean-Baptiste Chantoiseau.

Extrait du discours de Catherine Chevillot pendant le vernissage :

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La rédaction de Bien en place.

Markus Lüpertz et Luis Marsans ou le Temps retrouvé de Yerres

 

Yerres ou les plaisirs du « temps retrouvé » ! L’année 2019 a été marquée, à la propriété Caillebotte de la ville, par deux expositions événement auxquelles Bien en place a assisté : « Markus Lüpertz » (13 avril – 8 septembre 2019) et « Luis Marsans. Le temps suspendu » (19 septembre – 17 novembre 2019.

Retour sur deux univers artistiques pluridisciplinaires caractérisés par une veine expressionniste ou poétique offrant au regard une promenade sensorielle captivante.

 

Expression et figuration au fil de l’œuvre de Markus Lüpertz

 

Avec une cinquantaine de peintures, des dizaines d’œuvres sur papier et des bronzes répartis dans le parc de la villa Caillebotte, l’exposition « Markus Lüpertz » a offert un remarquable aperçu du travail de cet artiste allemand qui, depuis les années 1960 et avec une multitude de matériaux et supports, contribue à enrichir toujours plus avant l’art expressionniste figuratif. Loin des modes abstraites ou du pop art de l’ère contemporaine, l’artiste privilégie un dialogue avec les formes et les figures les plus classiques de l’histoire de l’art, qu’il se plaît à déconstruire et à reconstruire en une série de jeux créatifs où le rapport au corps et à la sensation est surinvesti.

En variant les échelles, en grossissant des fragments de corps ou encore par le recours à la couleur, il explore le potentiel expressif de la sculpture. Son monumental Homme qui marche prolonge un topos classique (Rodin, Giacometti…), tout en lui conférant une dimension héroïque comme s’il s’agissait d’écrire une mythologie moderne.

De même ses peintures exacerbent la puissance pulsionnelle de la couleur, redoublée par un sens du mouvement qui leur confère une indéniable dimension spatiale. D’autres séries, déployant un univers aux tonalités gris taupe, vert foncé ou jaune-verdâtre, mettent en scène des jeux de superposition, d’opposition ou de synthèse formelle, comme si le champ de la peinture devenait un terrain de rencontre sismique propre aux glissements sémantiques.

 

L’équipe de Bien en place a eu le plaisir de rencontrer l’artiste, au style et à la personnalité inimitables, et d’assister au vernissage, qui a rencontré un très grand succès public en présence notamment du maire M. Olivier Clodong, de Mme Valérie Dupont-Aignan, directrice de la Propriété Caillebotte et de Dominique Renonciat, déléguée à la culture. La galeriste et amie de Markus Lüpertz, Suzanne Tarasiève, était aussi présente à cette belle et inoubliable journée.

 

Les sirènes proustiennes de Luis Marsans

L’automne est une saison qui s’accorde à merveille avec l’œuvre poétique de Luis Marsans, qui fut précisément présentée à partir de septembre à l’Orangerie de la Propriété Caillebotte. Façades d’immeubles, fenêtres et barrières, dans ses dessins sur carton ou sur papier, mettent le spectateur face à un seuil protégeant une douce intimité; intimité que d’autres de ses créations révèlent, comme ses dessins érotiques à la touche rodinienne étonnante.

Telles des natures mortes, bouquets et compositions florales se détachent sur un fond de partition musicale, manière pour le peintre d’orchestrer une synesthésie, une rencontre fusionnelle entre les arts chantée par Baudelaire puis explorée par Marcel Proust. Le dialogue entre Luis Marsans et À la recherche du temps perdu fait surgir une floraison d’images poétiques où les couleurs pastels et l’équilibre de la composition invitent à une rêverie paisible. Il en va de même pour ses magnifiques paysages vénitiens, nimbés d’une lumière propre à diluer les contours et à prolonger les fantasmatiques perceptions proustiennes. Il faut enfin signaler le très beau catalogue de l’exposition, avec une introduction de Marc Fumaroli et un rappel, par Juan Manuel Bonet, du parcours singulier de Luis Marsans qui n’aura cessé de se frotter à une multitude d’univers et d’influences diverses, du surréalisme à Nabokov en passant par Munch, comme poussé par la recherche de cette essence des êtres et des choses par le prisme de l’art, quête qui fut aussi celle de Proust, son alter ego devant l’éternel.

Ilona Orel, Raphaël et Jean-Baptiste Chantoiseau, Katya Solotsinskaya au vernissage de l’exposition « Luis Marsans. Le temps suspendu », le 18 septembre 2019.

 

La rédaction de Bien en place.

 

 

 

Et si Versailles, à Bien en place, était conté ?

Versailles avec son illustre château constitue, par excellence, un lieu où l’on se sent bien en place : partout où l’œil se risque, tout y est ordonné à la perfection. Les jardins, « à la française », dévoilent une perspective en recherche d’ordre et d’équilibre, rappelant, selon le mot de Voltaire, combien « l’homme paraît à sa place dans la nature » ; d’autant plus quand il l’organise à sa guise.

Mais Versailles, ce n’est pas seulement cela, ce charme de la grandeur et de l’ordre… Le lieu inspire aussi des émotions qui dépassent le cadre de toute géométrie : le cœur aussi y est bien en place.

À peine arrivé à Versailles, l’être se sent pris d’ « une fièvre de tête, de cœur, de sens, qui boulvers[e] son existence », pour citer les émois d’Adolphe, héros du livre éponyme de Benjamin Constant. En 2019, Bien en place a été très gâtée avec 4 magnifiques événements versaillais. Retour en image et en émotion.

Réouverture du Grand appartement de la reine et de celui de la dauphine puis exposition « Madame de Maintenon : dans les allées du pouvoir »

Le 15 avril 2019, Versailles célébrait la réouverture de quelques uns de ses plus beaux appartements royaux mais aussi le vernissage d’une exposition dédiée à une figure parfois sous-estimée : Madame de Maintenon, dont on fêtait le tricentenaire de la disparition en 2019.

Pour cette occasion, a été reconstitué l’intérieur de l’appartement de cette courtisane, née Françoise d’Aubigné et qui épousa en secret Louis XIV en octobre 1683. Peintures, mobilier, sculptures, orfèvrerie : la scénographie a su mettre en valeur tous ces éléments essentiels pour mieux dresser le portrait d’une femme patiente et dévote mais qui a su, néanmoins, devenir celle que l’on surnommait « la presque reine de Versailles ».

Cette exposition donna lieu à une magnifique soirée dans la Galerie des Batailles avec un fastueux cocktail à l’occasion duquel l’équipe de Bien en place a pu rencontre Françoise Chandernagor, l’auteure de L’Allée du roi, et la comédienne Dominique Blanc.

  

 

Magdalena Kozena, Haendel et l’Italie

Le jeudi 6 juin 2019, retour à Versailles, mais à l’Opéra Royal cette fois-ci, pour écouter la divine mezzo-soprano tchèque Magdalena Kozena, grande figure de l’art lyrique baroque. Sa voix, mais aussi son charisme et sa personnalité, ont enchanté ce délicieux programme italien, mettant à l’honneur la musique de la fin du XVIIe et du début du XVIIIe siècle. Versailles n’est-il pas, par excellence, le lieu de tous les plaisirs ?

 

 

« Coiffé/Décoiffé » : à la mode de chez nous pour une magnifique opération caritative

Le lundi 21 octobre, retour automnal à Versailles pour la présentation à la presse du projet « Escale à Versailles. Coiffé/Décoiffé ». En partenariat avec l’Hôpital d’Enfants Margency de la Croix-Rouge française et l’artiste plasticienne Caroline Desnoëttes, le château de Versailles a permis à des enfants hospitalisés de créer des perruques à la mode du XVIIIe siècle à l’aide de matériel médical. Une belle façon de déjouer la maladie en détournant et en métamorphosant, de manière inattendue et bluffante, les instruments de leur propre guérison.

 

« Versailles Revival » : le bouquet final !

Le vernissage de l’exposition « Versailles Revival » le 18 novembre 2019 a constitué, pour Bien en place, le point d’orgue de cette année versaillaise… et non des moindres ! Cette gigantesque exposition – pas moins de 350 pièces – a bénéficié d’une scénographie exceptionnelle, à la hauteur de la magie des lieux, pour mettre en lumière, 100 ans après la Révolution française, le retour en grâce de Versailles et de son château. Politiques, artistes, écrivains : de 1867 à 1937, Versailles redevient une fête permanente et éblouissante, avec laquelle la IIIe République a parfaitement su jouer à des fins politiques et diplomatiques… et elle aurait eu bien tort de s’en priver !

 

Une exposition aussi brillante ne pouvait s’achever sans une soirée aux mille et une splendeurs.

 

Nous remercions très chaleureusement Maxime Ohayon et les équipes du château de Versailles qui continuent de faire de celui-ci un lieu unique au monde, où il fait bon aller et revenir.

www.chateauversailles-spectacles.fr

La rédaction de Bien en place.

Haylen à l’Olympia le 10 mars 2020 !

 

Nous sommes heureux et fiers d’annoncer que notre très chère HAYLEN sera en concert à l’OLYMPIA le mardi 10 mars 2020, en première partie de Van Morrison. Faites tourner l’information ! Un immense bravo et très belle chance à HAYLEN pour ce moment inoubliable.

Haylen – Membre d’honneur de l’association Bien en place – https://www.haylenofficiel.com

Après avoir séduit les parisiens dans le métro , les français à travers plus de 200 concerts, après avoir conquis les coachs et le public de TF1 dans « The Voice 5 », Haylen a décroché à 27 ans le premier rôle féminin dans l’Opéra Rock  événement de la rentrée 2016 : Le Rouge Et Le Noir. Fin 2019, la tournée de ce spectacle en Asie a connu un succès phénoménal avec 50 dates à guichets-fermés. Haylen a récemment rejoint la troupe du « Fashion Freak Show » de Jean Paul Gautier aux Folies Bergères pour plusieurs représentations.  En Février 2020, elle a fait partie de la tournée triomphale de ce spectacle en Russie. Son premier album, OUT OF LINE, est sorti en mars 2018.

2019-2020 : une année ORLANesque

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ORLAN entourée de Raphaël et Jean-Baptiste Chantoiseau

2019 pour BIEN EN PLACE avait démarré sous les meilleurs auspices – une invitation chez ORLAN en janvier – pour s’achever en beauté, au réveillon 2020, logés à la même enseigne ORLANesque. On en espère mille fois autant – et sinon plus – pour 2020 !

Il convient, déjà, de préciser, que 2018 fut une année ORLANoïde et non des moindres. Œuvre-phare de l’exposition « Artistes & Robots » (Galeries nationales du Grand-Palais, 5 avril-9 juillet 2018), l’ORLANoïde, ce robot hybride conçu par ORLAN, nous avait interpellés dans tous les sens du verbe. La mimésis, déjà, laissait sans voix. ORLAN l’écrit sans détour : « C’est un humanoïde qui me ressemble de manière hyperréaliste ; il parle avec ma voix et reproduit mes mimiques. »

Mais la mimésis n’aurait pas suffi, à elle-seule, à nous couper le souffle. Quand la poétique vient coiffer le robotique, nous crions « chapeau bas » ! Et c’est ce que nous fîmes littéralement, conquis par les cadavres exquis, toujours différents, toujours inattendus, qui sortaient de la bouche de l’ORLANoïde, à bouche que veux-tu, à bouche que voilà ! Mais cette mise en bouche avait elle-même était précédée par une invitation – du troisième type ? – à participer à un élan d’intelligence artificielle et collective. Nous voulons bien sûr parler du livre ORLANoïde. Robot avec intelligence artificielle et collective, paru en 2018 aux éditions LIENART.

Pour ce livre, ORLAN nous avait demandé de participer à une série d’entretiens imaginaires entre elle et son ORLANoïde. Qu’à cela ne tienne ! Nous devions imaginer des questions posées par ORLAN à l’ORLANoïde et vice-versa. Et là, reprenant le livre à la page 61, je m’aperçois que si ORLAN pose 8 questions à son ORLANoïde dans l’entretien que j’ai imaginé, lui/elle-même lui en pose 10 : l’ORLANoïde est plus prolixe que son origine, avide de repousser ses limites, de risquer bien sûr des questions « hors sujet » et soucieux de se perfectionner à l’infini ! Autant dire que le dialogue était bien parti et qu’on en connaît toujours pas la fin !

Qu’importe ! La discussion étant lancée, c’est avec un appétit immense que nous avons dévoré ORLAN tout 2019 durant : expositions, lectures, photos, internet, toujours plus et encore. Et quel bonheur après la soirée de janvier, que de fêter, en décembre 2019, la médaille des 100 héroïnes de la photographie remise à ORLAN par The Royal Photographic Society à Paris Photo. Une médaille qui n’a que deux faces, là où ORLAN, elle, explore mille et une facettes de son identité, de son corps et de ses œuvres, nous invitant à questionner nos masques et apparences pour mieux les subvertir.

Nous nous souhaitons plus que jamais, à Bien en place, une année placée sous le signe de Sainte ORLAN !

Jean-Baptiste Chantoiseau

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Avec Diane Pernet, Christine Buci-Glucksmann et Jérôme Neutres pour fêter ORLAN, parmi les 100 héroïnes de la photographie.

« There Were Two Young Men » Gilbert & George magiques et nostalgiques à la Fondation Vuitton

Les deux font la paire. Gilbert & George depuis longtemps déjà sont plus qu’un couple d’artistes : des icônes du monde de l’art contemporain. Ce mardi 2 juillet 2019, ils ont fait salle comble à l’occasion du vernissage de leur nouvelle exposition à la Fondation Vuitton.

Connus dès les années 1970 pour leurs performances et leurs photomontages, Gilbert & George incarnent à la perfection le dandy anglais de ce qu’il a de meilleur : l’élégance rime toujours avec l’impertinence ; la créativité ne recule devant aucune audace ni inconvenance ; à eux deux ils bousculent les limites de ce qui est acceptable sur les devants de la scène artistique.

Au-delà de leur appétence pour la subversion, qu’ils savent cultiver avec une ironie so british, ce qui nous semble le plus touchant et le plus authentique dans leur parcours, c’est leur volonté de ne jamais donner dans l’élitisme; de toujours garder un lien fort et vivant avec l’art et le goût populaires, avec l’artisanat aussi.

     

Mais là où Gilbert & George nous passionnent peut-être plus encore, c’est dans leur sens de la poésie ; une poésie où règnent l’enfance, le mystère, un sentiment d’inquiétante étrangeté dont témoignent parfaitement l’exposition « They Were Two Young Men ». Déjà présentée à Turin en 1971, cette « sculpture au fusain-sur-papier » resurgit pas loin de cinquante ans plus tard à la Fondation Louis Vuitton… comme par magie et non sans une certaine nostalgie. Douceur et méditation mélancolique émanent de ces larges dessins où deux jeunes hommes, costumés, pensent et devisent entourés d’arbres et de végétation. Il est question ici de racine, de protection mais aussi de foi dans l’avenir, ce que prouve bien d’ailleurs, plusieurs décennies plus tard, la présence côte à côte de ces artistes toujours amoureux et heureux de défendre des œuvres qui, avec eux, ont passé l’épreuve du temps.

La rédaction de Bien en place.

CANNES 2019 – nos films préférés

Parmi les 27 films vus par l’association Bien en place en 2019 à Cannes, rapide panorama des longs-métrages qui nous ont marqués par leurs qualités narratives, esthétiques ou par leur message.

Les Misérables de Ladj Ly

L'équipe des "Misérables" par Samina Seyed pendant le photo-call, CANNES 2019

L’équipe des « Misérables » par Samina Seyed pendant le photo-call, CANNES 2019

Le film a emporté l’adhésion totale de BIEN EN PLACE. D’abord pour le doigté d’un scénario qui ne sombre jamais dans la facilité d’une vision manichéenne du monde. Bien ancré sur la réalité d’un terrain social mouvementé qu’il connaît de l’intérieur, Ladj Ly montre, avec subtilité, le quotidien d’une banlieue défavorisée de la Seine Saint-Denis. Loin de victimiser les uns ou de faire des autres des héros, il montre les douleurs, les errances et parfois aussi la grandeur d’âme des deux côtés : du point de vue des délinquants défavorisés comme de celui des policiers débordés par la situation.

Promenant avec aisance sa caméra aussi bien dans les airs que sur le trottoir, il dévoile les connexions, les liens de voisinage, le fonctionnement des réseaux avec un tel naturel que rien ne paraît jamais forcé. Entente entre forces de l’ordre et certains caïds pour l’obtention d’informations, liens par une langue étrangère partagée entre certains habitants et de jeunes policiers, solidarité spontanée d’adolescents s’estimant injustement ciblés, confrontations viriles entre gens du crique et communauté africaine : le récit met en lumière toutes les composantes d’un microcosme toujours sur la brèche et à deux doigts d’éclater. L’interprétation du collectif d’acteurs et d’actrices ici rassemble est éblouissante.

Certaines scènes, symboliques, frappent les esprits, notamment celle du jeune voleur retrouvé et violemment puni dans une cage avec un lion par des adultes devenus aveugles des traumatismes infligés aux générations futures. Car c’est bien cela qui est le plus poignant dans ce film : la présence précaire et douloureuse de tous ces jeunes, qui hantent l’espace ou occupent le devant de la scène ; une scène privée d’avenir et désertée par les pouvoirs politiques et les élites. En les rendant présents à l’écran sans compromission et avec un regard sensible, Ladj Ly a su créer un film d’une grande poésie, où brutalité et émotion coexistent en même souffle.

 

Dolor y Gloria de Pedro Almodovar

Antonio Banderas, prix d’interprétation CANNES 2019 – Photo Samina Seyed

Avec Douleur et Gloire, Pedro Almodovar livre l’un de ses longs-métrages les plus personnels. Il y dépeint la crise d’un artiste atteint par la fatigue de l’âge, la douleur, l’addiction aux drogues et qui replonge dans son enfance pour mieux renouer avec la création artistique et se livrer à un hommage très sensible à une mère disparue. Double, dans le film, du réalisateur espagnol, Antonio Banderas est époustouflant : sans doute son plus grand rôle. La composition de l’image – aux couleurs étonnamment vives – et la musique gracieuse ajoutent une touche poétique à ce récit poignant.

Parasite de Bong Joon Ho

Bong Joon-ho et l’acteur principal du film « Parasite », Palme d’Or 2019. Photo Samina Seyed

Le remarquable et inattendu Gisaengchung (Parasite) du Coréen Joon Ho Bong a enchanté cette année la Croisette et convaincu BIEN EN PLACE ! Grâce à un scénario remarquablement construit et riche en rebondissements, le cinéaste explore les inégalités sociales et les rapports de classes avec une ironie et une efficacité redoutables. L’esthétique et le découpage, modernes et rythmés, ajoutent à ce film plus d’un atout pour emporter l’adhésion d’un spectateur bientôt pris en haleine par ce récit endiablé – authentique chronique de notre modernité !

 

Matthias et Maxime de Xavier Dolan

Xavier Dolan et l’un des acteurs principaux de son film présenté à Cannes 2019. Photo Samina Seyed

Après The Death and Life of John F. Donovan (2018), au scénario et au montage problématiques, Xavier Dolan revient à son terrain familier et à ses amours de jeunesse, proposant un récit visuel puissant, dans un style naturaliste à la fois brut et poétique. Film à fleur de peau, parfois déroutant du fait aussi de l’accent local québécois, Matthias et Maxime retrace l’histoire d’un amour homosexuel qui peine à s’assumer et à devenir réel ; il propose une réflexion douloureuse sur la quête de l’autre. Xavier Dolan, qui se met lui-même en scène dans le film en incarnant l’un des deux personnages principaux, tombe le masque, donne à voir ses meurtrissures, symbolisées par cette tache qui recouvre en partie le côté droit de son visage. La scène du miroir ou celle de l’atelier, vue à travers une embrasure, sont de grands moments esthétiques et cinématographiques. Saluons le courage d’un Xavier Dolan qui refuse la facilité que son succès pourrait lui garantir pour faire l’autoportrait d’un artiste en mal d’être et en recherche d’authenticité et d’amour.

 

Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

Il avait enchanté Cannes en 2016 avec son remarquable Aquarius… Le scénariste, réalisateur et critique de films brésilien Kleber Mendonça Filho a très justement remporté en 2019 le Prix du jury pour son film Bacurau, qu’il co-signe avec Juliano Dornelles. Ce récit poignant a pour point de départ le décès de la matriarche d’un village du nord est brésilien – Bacurau ; décès qui constitue le point de départ d’une série d’événements étranges… Les images en panavision rappellent la beauté des grands classiques d’un David Lean – comme Lawrence d’Arabie – sans que cela ne mette au second plan la critique politique.

 

Il Traditore de Marco Bellocchio

C’est un panthéon de l’histoire de son pays – la lutte anti-mafia des années 1980-1990 – que le réalisateur Marco Bellocchio revisite avec une efficacité redoutable. Son scénario s’intéresse pour cela au destin de Tommaso Buscetta – remarquablement incarné par Pierfrancesco Favino, qui lui aussi aurait mérité un prix d’interprétation – un mafieux qui décide de dénoncer cette « Cosa Nostra », dont il fut l’un des membres principaux, suite à la surenchère de la violence et à l’assassinat de ses enfants. Tout le film est construit depuis son point de vue, ce qui crée un puissant effet d’empathie chez le spectateur. Tommaso, dans sa lutte, collabore avec le célèbre juge Giovanni Falcone – assassiné en 1992 à Capaci lors de l’explosion d’un pont ; scène magistralement filmée par Marco Bellocchio qui, du début à la fin, offre une magistrale leçon de mise en scène.

 

Atlantique de Mati Diop

Mati Diop, la réalisatrice d’ « Atlantique », récompensée par le Grand prix du jury – Cannes 2019. Photo Samina Seyed

Avec Atlantique, la réalisatrice Mati Diop met en scène un scénario remarquable qu’elle a écrit elle-même ; une histoire d’amour avant tout, de cœur, d’âme… et d’esprit aussi ! A Dakar, la jeune Ada doit épouser le riche Omar ; un mariage forcé qui la prive de son amour secret, le jeune Souleiman, lequel, bientôt, disparaît de sa vie… pour toujours ? Ce film, subtil et délicat, offre des images de l’océan à couper le souffle, comme si les vagues sculptaient des formes et des corps. Un bol d’air féminin et africain qui participe pleinement de la beauté de la sélection 2019 !

 

Roubaix, une lumière de Arnaud Desplechin

Arnaud Desplechin et ses actrices pendant le photo-call – Photo Samina Seyed

A partir d’une série de faits divers se déroulant à Roubaix, Arnaud Desplechin construit un film singulier, dont la tonalité tranche avec les séries policières auxquelles la télévision nous a habitués. Ce qui l’intéresse tout particulièrement est moins le suspense que l’humanité de ses personnages, touchante que ceux-ci soient du côté du bien ou du mal; notions d’ailleurs dépassées par ce récit sensible, entre ombre et lumière.

 

A Hidden Life de Terrence Malick

Durant près de trois heures, Terrence Malick entraîne son spectateur dans une odyssée magistrale qui ressuscite l’une des périodes les plus sombres du siècle passé : la montée en puissance de la barbarie nazie et le sacrifice de résistants fidèles jusqu’au bout à leurs valeurs. Pour ce faire, il retrace la parcours d’un paysan des montagnes autrichiennes, Franz, qui refuse le suivisme facile et lâche des habitants de son village pour résister à Hitler au péril de sa vie. La justesse de l’interprétation et la très grande puissance des images font de film un incontournable de cette édition 2019.

 

Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

Céline Sciamma et l’équipe du film « Portrait de la jeune fille en feu » au photo-call de Cannes 2019. Photo Samina Seyed

Parmi les autres réussites de cette compétition, citons le Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, qui propose un film d’époque (XVIIIe siècle) d’une rare finesse et élégance. Marianne, jeune femme peintre de talent, doit se rendre dans la demeure de la troublante Héloïse, pour y réaliser son portrait… un exercice difficile qui fait naître bientôt une complicité trouble et inattendue entre les deux femmes. A partir d’un scénario pour le moins original, Céline Sciamma dépeint de manière subtile une univers féminin, tout en force et en faiblesse, et offre une éducation sentimentale qui résonne avec les thématiques de notre modernité.

 

Coup de cœur – Hors compétition

Les plus belles années d’une vie de Claude Lelouch

Difficile de trouver les mots pour décrire la séance de ce samedi 18 mai 2019 en compagnie de Claude Lelouch, Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée… 53 ans après Un homme et une femme, qui lui a valu la Palme d’Or, Claude Lelouch filme de nouveau les deux héros de son long-métrage légendaire dans Les plus belles années d’une vie. Une émotion authentique et sincère traverse cette œuvre du début à la fin, ce qui était loin d’être gagné d’avance. Le cinéaste a su orchestrer un montage subtile où le passé et le présent se mêlent sans jamais être figés : ce n’est pas de commémoration dont il s’agit mais d’un dialogue avec le temps, inachevable par définition. Il donne vie à un film qui respire, qui vibre ; un film où les larmes se mêlent à l’humour; les souvenirs aux projets d’évasion futurs… Jean-Louis Trintignant, à 88 ans, illumine l’écran avec une sincérité et une présence à l’état pur ; quant au charme et au charisme tout en douceur d’Anouk Aimée, ils opèrent toujours, dans une séduction confondante. Toute la salle était en larmes puis a entonné de façon spontanée le mythique « cha badabada », pour prolonger la magie d’une soirée qu’on ne pourra jamais répéter mais qui restera gravée dans nos cœurs.

 

Mention spéciale documentaire – Diego Maradona par Asif Kapadia

Quatre ans après la réussite absolue de son documentaire sur Amy Winehouse, Asif Kapadia s’attaque en 2019 à une autre icône, du sport cette fois-ci : Diego Maradona. Ce personnage fascinant est ici dépeint dans toute sa complexité : d’un bout à l’autre du film, on ne sait pas s’il faut l’adorer ou le détester ! Il reste une légende inégalée : personne ne s’impose avant lui, ni après lui dans son domaine. Le film permet de revivre de l’intérieur les moments forts et remarquables de sa carrière mais aussi de sa vie tant ses émotions, sentiments personnels et difficultés sont subtilement dévoilés. Gloire et douleur sont donc au rendez-vous ! Même si vous n’êtes pas fan de football, vous serez séduit par les 2 h 10 de suspense et de rebondissements sur ce personnage excessif et drogué, tel qu’il ne pourrait plus en exister à l’heure des réseaux sociaux.

La rédaction de Bien en place