Vous n’y couperez pas ! Bien en place aime le nouveau film de Michel Hazanavicius

Le pari s’avérait pour le moins risqué : un film de zombies en ouverture du Festival de Cannes ! En 2019 déjà, avec The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch, c’est avec une armée de revenants, en quête d’un verre de Chardonnay ou d’une connexion Wifi, qu’avait démarré l’édition cannoise; choix pour le moins contesté et qui reçut un accueil en demi-teinte. Les qualités de ce long-métrage, mises en exergue par Esther Heboyan, membre de Bien en place, sur le Club de Mediapart (https://blogs.mediapart.fr/esther-heboyan/blog/300519/dead-dont-die-de-jim-jarmusch-balade-en-zombie-land) semblaient pourtant indéniables, en particulier le retour à des traits stylistiques propres aux premiers films du réalisateur américain tandis que le casting demeurait à couper le souffle : Adam Driver, Bill Murray, Chloë Sevigny, Tilda Swinton… Souhaitant peut-être rompre avec la malédiction – et en soif d’un opus ravageur à tous points de vue – les organisateurs du Festival n’ont pas hésité à récidiver en programmant Coupez !, la nouvelle comédie de Michel Hazanavicius, un habitué des récits débridés à l’humour décalé.

On se demandait, non sans une certaine appréhension à la vue de l’affiche flashy éclaboussante de faux sang, ce que le pari allait donner. Disons-le sans détour : ce film jubilatoire est une grande réussite pour le réalisateur français. On peut même y voir un hommage inattendu au cinéma et à la fabrique de l’œuvre ; hommage, certes, bien différent de celui de François Truffaut avec La nuit américaine (1973) mais pas moins touchant et authentique à sa façon. Cette déclaration d’amour à l’esprit d’équipe et au cinéma a placé Coupez ! dans le prolongement parfait d’une cérémonie d’ouverture, elle-même consacrée à un éloge vibrant au septième art ; à toutes celles et tous ceux qui s’acharnent, coûte que coûte, à écrire, produire, tourner des fictions audiovisuelles. Il faut alors être prêt à surmonter bien des difficultés… comme celles que va devoir affronter l’équipe de tournage que filme Michel Hazavanicius. Le réalisateur a choisi pour double imaginaire Romain Duris, qui incarne Rémi, un metteur en scène survolté et hystérique en apparence mais qui, en réalité, sait mener sa barque du mieux qu’il peut, ce qui sera révélé par la suite, dans une série rebondissements jouissifs tant il est vrai que Coupez !, contrairement à son titre, va crescendo jusqu’à sa sublime fin ! Un film à couper le souffle, en quelque sorte…

Coupez ! ©prod

On revient pourtant de loin ! Coupez ! semble patiner à son démarrage, dévoilant au spectateur les coulisses d’un film de zombies en plein tournage dans un centre commercial désaffecté. La réalité y dépasse bientôt la fiction lorsque l’équipe du film tombe victime de la malédiction des lieux : devenant zombies et se contaminant tour à tour, ils enchaînent les situations absurdes, au travers d’un plan séquence aux maladresses permanentes. Cadrage bancal, mouvement de caméra bloqué de manière absurde, répliques poussives, jeu d’acteur caricatural ne pouvant susciter l’adhésion : le spectateur se demande légitimement dans quelle galère il s’est embarqué ! Et pourtant ! On aurait tort de se décourager et mieux vaut rester accroché à son siège : Michel Hazavanicius a, comme on le dit en persan, « un bol dans son bol ». La deuxième partie retrace en effet comment, quelques mois plus tôt, le projet de ce film a fini par s’imposer, suite à l’insistance d’une productrice japonaise chevronnée et déterminée à faire un projet rapide et pas cher. Défi de taille : tous les personnages joués par des occidentaux seront affublés de prénoms japonais et surtout le film devra être tourné en direct, sans reprise ou coupure possible ! On en vient dès lors à mieux comprendre de ce que l’on a pu voir, de manière naïve, à l’incipit du film. Mais c’est surtout la toute dernière partie, véritable bouquet final d’un feu d’artifices inspiré, qui bluffe totalement : Michel Hazavanicius y dévoile en effet le making-of du film et toutes les difficultés que les assistants, techniciens, acteurs, bruiteurs, producteurs ont dû surmonter au fur et à mesure pour parvenir à conduire l’aventure à son terme. Mise en abyme du métier du cinéaste, transmission de flambeau d’un père à sa fille – qui a la responsabilité du dernier plan, Coupez !, sous ses apparences de film B limité aux registres du gore et de l’humour, est en vérité une grande œuvre. Cannes 2022 ne pouvait rêver d’un meilleur lancement.

La rédaction de Bien en place.

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