Mois: mai 2015

Bien en place au Festival de l’histoire de l’art de Fontainebleau ce samedi 30 mai à 15 h.

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Ce samedi 30 mai, Jean-Baptiste Chantoiseau donne une conférence, dans le cadre du Festival de l’histoire de l’art à Fontainebleau, dédiée à l’image cinématographique et à ses évolutions des frères Lumières à nos jours.

La conférence aura lieu de 15 h. à 15 h 50 au cinéma l’Ermitage, 6 rue de France, 77 300 Fontainebleau.

Résumé :

http://festivaldelhistoiredelart.com/programmes/lere-du-numerique-ou-la-nouvelle-matiere-de-limage-cinematographique/

Le programme de cette manifestation est d’une très grande richesse : http://festivaldelhistoiredelart.com/

Venez nombreux !

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Bien en place au Festival de Cannes 2015 : avant-première du nouveau Woody Allen

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L’équipe de Bien en place est présente pour la 3e année consécutive au Festival de Cannes 2015. De nombreuses chroniques ou des articles vont donc suivre dans les dix jours à venir.

Ce vendredi 15 mai, nous avons assisté à l’avant-première du nouveau film de Woody Allen avec Emma Stone et Joachim Phoenix dans les rôles principaux.

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D’une durée d’une heure trente-six, ce long-métrage est un concentré de l’art de Woody Allen, depuis le générique, à la typographie habituelle, jusqu’à la chute finale et inattendue quelques minutes avant la fin. Le ton est donné dès la séquence d’ouverture: un professeur de philosophie, incarné par Joachim Phoenix, roule à vive allure dans sa décapotable tout en buvant un shot de whisky sous un soleil étincelant. Il se rend sur le nouveau campus où il a été affecté, dans les environs de Providence, sur la côte est américaine. Sa réputation l’a d’ailleurs précédé, comme le montre une suite de plans très brefs, à l’humour grinçant, retraçant tous les commérages sur son compte : séducteur invétéré, en dépression depuis la mort de son meilleur ami, il a été quitté par sa femme et cultiverait un esprit rebelle et fonceur. Du quoi séduire les étudiantes du campus de philosophie, à commencer par une jeune femme rousse, vive et diablement intelligente, incarnée par Emma Stone avec beaucoup de fraîcheur, et qui va entrer, pour le meilleur et pour le pire, dans la vie de celui que tout le monde finira par appeler Abe.

Voulant pendre son spectateur en haleine, Woody Allen enchaîne l’action de manière allègre, sans donner toutefois parfois le temps aux sentiments des personnages de se développer ; d’où des enchaînements très rapides et des « deus ex machina » qui ponctuent la fiction de manière parfois irréaliste. Mais qu’importe ! Derrière ces « deus ex machina » se cache un artiste-orchestre, Woody Allen en l’occurrence !, qui tient toutes les ficelles en main et ne le cache pas, pour son plus grand plaisir et pour le notre aussi tant l’humour – et une certaine frénésie – ressortent de cette fiction dans laquelle on se laisser emporter malgré soi.

Le film, qui n’est pas sans évoquer l’atmosphère d’un Fitzgerald (les discussions intellectuelles, la fête, la vitesse, l’alcool, la côte est américaine…) s’offre aussi comme une parabole sur les excès possibles où entraîne l’exercice de la pensée et le délire qui peut parfois en résulter. Mais nous n’en dirons pas plus cette fiction, pour ne pas gâcher le plaisir de la surprise sur lequel repose le film !

Jean-Baptiste Chantoiseau

 

« Une femme iranienne » enfin au cinéma en France : courrez-y !

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Grâce à la patience et à l’obstination d’Outplay, le premier long-métrage de l’artiste iranienne Negar Azarbayjani vient de sortir sur les écrans français, ce mercredi 13 mai. Espérons que le chiffre « 13 » porte bonheur à ce film poignant sur la difficile quête identitaire d’une jeune femme, incarnée avec force par Shayesteh Irani, dans l’Iran contemporain. Les paysages sont ici d’une beauté à couper le souffle; renforçant, par un violent effet de contraste, le mal-être de personnages prisonniers des préjugés et des conventions et qui doivent nécessairement se battre avec passion pour tracer leur destin.

Passion : le terme peut aussi s’entendre dans le sens religieux tant c’est à un sacrifice d’elle-même qu’une jeune femme, répondant au doux nom d’Adineh, semble promise par son père qui désire la marier de force. Dans son échappée sauvage et solitaire, elle rencontrera, en chemin, une jeune mère de famille, Irana, qui va être secouée par ce dialogue, inattendu pour elle, qu’elle nouera au fil du temps avec sa nouvelle amie; une amie différente, qu’elle va apprendre à connaître malgré elle tandis que son mari croupi derrière les murs d’une prison. Les échanges vont se faire de plus en plus denses et intimes; à tel point que la version iranienne du titre du film évoque un miroir, posé face à un autre miroir, et qui n’en finirait plus de (se) réfléchir, et vice-versa.

Le film touche par sa justesse, sans ostentation, et les questions qu’il soulève. Déterminée à vivre son identité masculine sans compromis, Adineh réveille chez Irana un courage et une détermination qui lui faisaient défaut. Aller jusqu’au bout des choses, quoi qu’il arrive: telle est l’expérience proposée par ce film dont les rebondissements dramatiques ne gâchent en rien la sobriété d’une ligne de fuite dans laquelle on aimerait, un jour, se glisser à notre tour.

Une femme iranienne, de Negar Azarbayjani, 2015, sorti le 13 mai. Allez-y sans attendre et parlez-en autour de vous.

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L’équipe de Bien en place avec la productrice, Fereshteh Taerpour (à gauche) et la réalisatrice Negar Azarbayjani, lors de l’avant-première du film au cinéma Mk2 – Beaubourg.

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L’univers poétique de Jim Jarmusch à l’université d’Arras, 8 et 9 avril 2015, flashback

THE LIMITS OF CONTROL

Le cinéaste américain Jim Jarmusch a été au centre de débats passionnants à l’université d’Arras, à l’occasion d’un colloque international, les 8 et 9 avril 2015, organisé par Esther Heboyan (EA 4028 Textes & Cultures, université d’Artois). Une vingtaine de conférenciers sont intervenus, dont Geoff Andrew, du British Film Institute, qui a eu l’occasion de s’entretenir, à plusieurs reprises, avec le réalisateur et n’a pas été avare en confidences esthétiques; révélant, par exemple, l’amour profond de Jim Jarmusch pour les chants d’oiseaux, d’où sa méticulosité extrême à peaufiner la bande son de Ghost Dog (1999).

IMG_0244Si la tristesse et la beauté de ce monde semblent inextricablement liées, nous n’en devons pas moins croire en notre imagination, en nos propres pouvoirs afin de vaincre les forces qui prétendent dominer le monde: tel est pour Geoff Andrew, l’un des messages du cinéma de Jim Jarmusch, en particulier dans The Limits of Control. Grâce à la projection d’extraits de films de Melville, Antonioni ou bien encore Ozu, Geoff Andrew parvient à mettre en lumière la singularité de l’univers de Jim Jarmusch dans sa manière de s’inspirer des grands maîtres tout en se distinguant: ainsi, même si on trouve dans son oeuvre un sentiment d’abandon et de mélancolie comme chez Antonioni, Jim Jarmusch, pour sa part, maintient une certaine tendresse pour ses personnages ; d’où l’humour, l’ironie et la poésie touchante de ses films.

La singularité de la narratologie post classique du cinéma de Jim Jarmusch tout comme sa capacité à créer une tension dramatique singulière ont été soulignées lors de la première matinée (Laure Cordonier). L’amour de Jim Jarmusch pour les atmosphères nocturnes (Mirjam Kappes) a donné lieu à des investigations approfondies propres à mettre en lumière des rythmes et un sens de la composition, en particulier dans Mystery Train (1989).

« I have been one acquainted with the night » : c’est sous l’égide poétique de Robert Frost et photographique de Walker Evans (« Corner of Felicity and Orange Streets ») qu’Esther Heboyan a ouvert son exploration de « l’appel du hors champ » dans Down by Law (1986). En décryptant avec acuité le traitement du son et les mouvements des personnages dans une suite de plans a priori anecdotique, elle révèle comment Jim Jarmusch offre au spectateur un pur spectacle sensoriel aux résonances multiples: musique, bruits, dialogues construisent subtilement un espace-temps dans lequel les déplacements des personnages s’inscrivent de manière poétique.

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Les transhumances Europe / USA et leurs conséquences esthétiques et culturelles (Sylvie Blum-Reid), la richesse d’une intertextualité dépassant les simples limites du narratif (Alexander Davis) ou les enjeux d’un discours sur le film inscrit dans le film lui-même (Fatima Chinita) ont donné lieu à des échanges denses, qui se sont poursuivis notamment par une ré-interprétation de The Limits of Control (2009), film délaissé et mal-aimé par la critique et sur lequel sont revenues de nombreuses contributions (Nepomuk Zettl, Viktors Freibergs et Pierre Datry le second jour).

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Avec une approche phénoménologique Chiara Palermo analyse le destin des « anti-héros » qui hantent l’univers jarmuschien tandis que Jean-Baptiste Chantoiseau s’interroge sur les aspects narratifs, esthétiques et identitaires que ne manque pas de soulever la question du personnage dans sa cinématographie. Apparitions, dédoublements, intermittences et moments de latence donnent vie, selon lui, à un univers qui s’intéresse de près aux phénomènes de régressions identitaires; d’où un cinéma qui se distingue du genre fantastique dans lequel il aurait pu verser sans cette quête dont le personnage, par le traitement qui lui est réservé, témoigne. Jean-Baptiste Chantoiseau proposera aux membres de Bien en place une séance en anglais reprenant cette conférence (la date sera annoncée prochainement). 

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Le bouddhisme au service de la métaphore et d’un dénuement narratif (François D. Prudhomme), la postmodernité (Nicolas Guezennec-Fouché), la question de la vision, distincte du regard, et du lien entre  contemplation et signification dans Dead Man et Ghost Dog (Pascal Couté) ont permis de soulever des problématiques primordiales. Les rapports complexes que son cinéma entretient avec de multiples genres (western, horreur, film gothique…) ont amené David Roche à explorer de nombreux motifs plastiques et iconiques; Vincent Piturro proposant pour sa part un questionnement sur la nostalgie et le déclin. Ressuscitant le Lower East Side new yorkais du milieu des années 70 aux années 80, Justin S. Wadlow montre la fertilité intense du contexte plastique, musical et littéraire au sein duquel Jim Jarmusch a fait ses premières armes. Musique, science, pouvoir, cinéma, philosophie: combattre le risque de contrôle totalitariste dans ces différents domaines permet de mieux comprendre, avec Pierre Datry, The Limits of Control (2009). Intéressée par les phénomènes de répétitions et les références propres à l’univers de Jim Jarmusch, Céline Murillo montre comment cadrages verticaux, compositions et mouvements de caméra véhiculent un sens et offrent une ouverture dans la conscience des héros jarmuschiens.

Sad and Beautiful, le cinéma de Jim Jarmusch n’en offre pas moins des moments d’analyses et d’échanges réjouissants, comme ce colloque international l’a une fois de plus prouvé.

La rédaction de Bien en place.

Photographies du colloque : Raphaël Razaghi Chantoiseau

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