Mois: juin 2015

Cannes 2015 : Bien En Place affiche ses préférences

Youth-SorrentinoCarol  saul fia

Pendant le Festival de Cannes 2015, la rédaction de Bien En Place a vu 35 films; elle a ainsi pu apprécier un bel aperçu de la Sélection officielle et vivre parfois des moments de grâce ou de gravité. Parmi les plus beaux long-métrages du cru 2015, Bien En Place affiche haut et fort son amour pour Youth de Sorrentino, notre Palme d’or ex aequo, pour ainsi dire, avec le nouveau Todd Haynes, Carol, dont le scénario et la mise en scène sont d’une méticulosité telle qu’elles relèvent de la maestria. De maestro, d’ailleurs, il est question dans le film de Sorrentino, qui raconte comment la retraite en Suisse, dans un pensionnat de luxe, d’un compositeur et chef d’orchestre renommé, va être perturbée par l’arrivée d’un émissaire de la reine d’Angleterre, mais aussi par les courbes irréprochables d’une Miss Univers ambitieuse. Ponctué d’images à l’onirisme fort, le film cultive l’humour et la poésie et offre un final émouvant, digne d’un opéra. Dans un autre registre, Saul Fia de Laszlo Nemes constitue un film d’une intensité remarquable : l’univers des camps de concentration y est montré dans sa froideur et sa cruauté quotidienne grâce à une focalisation inhabituelle, qui permet de suivre la vie d’un prisonnier forcé de travailler à l’entreprise d’extermination nazie. Le film a reçu le Prix du Jury.

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Le film chinois Mountains May Depart de Jia Zhang-Ke est le coup de coeur de la rédaction pour la magnifique émotion qu’il dégage grâce à un scénario, en trois parties (1999, 2014 et 2025), permettant de suive le destin de personnages nostalgiques ou déracinés.

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Par la puissance de son univers plastique, de ses couleurs propres à explorer les désirs inconscients et la performance de Marion Cotillard, Macbeth de Justin Kurzel a constitué l’un des temps forts de la fin du festival. L’émotion et la finesse de Mia Madre ont fait du nouveau Nanni Moretti un grand film. Avec des moyens épurés, La loi du marché a créé la surprise par sa capacité à dépeindre une réalité sociale authentique sans surenchère ni excès de dramatisation, comme en témoigne la fin du film. Brutal et cinglant dans un autre registre, Chronic enserre le spectateur dans le drame de la maladie avec un art de la composition d’une efficacité tranchante.

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Impossible de ne pas évoquer la Palme d’or 2015, Deephan de Jacques Audiard, récompense méritée pour la carrière du cinéaste même si ce dernier opus n’est pas une absolue réussite : la première partie du film offre un scénario crédible et une mise en scène prenante mais la surenchère de la suite et le happy ending improbable peinent à convaincre. Citons enfin l’un des scénarios les plus intéressants : Louder Than Bombs de Joachim Trier, un film post-moderne qui offre à Isabelle Huppert un rôle taillé sur mesure.

La disparition, la fuite du temps et la figure de la mère ont constitué trois thèmes récurrents de la sélection 2015, placée, au demeurant, sous l’égide d’Ingrid Bergman; étoile décidément pertinente de cette nouvelle constellation de films qui a déjà commencé à investir les écrans français.

La rédaction de Bien En Place.

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Coup de coeur – Festival de Cannes 2015 : Nahid, un film de Ida Panahandeh

affiche-Nahid

La rédaction de Bien En Place a eu un vrai coup de coeur, cette année, au Festival de Cannes pour le premier film de Ida Panahandeh, Nahid (Iran, 1 h 42).

Le drame a l’efficacité d’une tragédie classique : « Nahid, jeune divorcée, vit seule avec son fils de dix ans dans une petite ville au bord de la mer Caspienne. Selon la loi iranienne, la garde de l’enfant revient au père mais ce dernier a accepté de le céder à son ex-femme à condition qu’elle ne se remarie pas. La rencontre de Nahid avec un nouvel homme qui l’aime passionnément et veut l’épouser va bouleverser sa vie de femme et de mère » (synopsis du film).

Les images dès l’ouverture sont d’une beauté confondante, teintée de mélancolie. On pensera, en particulier, aux plans de l’héroïne, dos à la caméra, contemplant un ciel nuageux sur une plage déserte et grise. L’art de la composition et de la peinture ne sont jamais bien loin, dans un style romantique propre à évoquer Caspar Friedrich, en particulier son Moine au bord de la mer.

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Si l’on compare ce film au chef-d’oeuvre de Asghar Farhadi, A propos d’Elly, qui propose aussi une ambiance aquatique, on sera tenté de dire que là où la mer, chez le réalisateur iranien, est teintée d’angoisse et de mystère, ici elle accompagne une réflexion, plus douce, plus triste aussi mais avec toujours une espérance, tant les vagues, même sur un ciel gris, symbolisent toujours le retour de la vie, dans tous ses aléas, ses hauts et ses bas…

De fait, le film plonge le spectateur dans une tempête intérieure; celle d’une femme, déchirée entre les liens du sang qui l’unissent à son fils, la chair de sa chair, et son désir d’un horizon nouveau aux côtés d’un homme solide comme un roc; homme qui est aux antipodes de son premier mari, un cousin avec lequel elle a été unie trop vite, trop jeune.

Le drame est servi par un jeu d’acteurs remarquable, tant en ce qui concerne les enfants que les adultes, ce qui témoigne de la sensibilité extrême de la réalisatrice. Car loin de n’être qu’une simple contemplation, ce long-métrage, non dépourvu d’un certain humour (on pensera au fameux divan rouge), est traversé de poussées violentes qui en font une fable à la fois intime et sociale.

Présenté en compétition dans la sélection « Un certain regard », le film a remporté le Prix de l’avenir ex aequo ; prix qui lui a été remis par Isabella Rossellini, présidente du jury.

Nahid-5    ida-panahandeh

L’équipe de Bien En Place a eu la chance de pouvoir rencontrer à Cannes l’équipe du film.

Nahid-3 Nahid

Nous soutenons fort ce premier long-métrage et espérons le voir sortir sur les écrans français et mondiaux dans un avenir proche.

La rédaction de Bien En Place.