Un premier film envoûtant et troublant : THE STRANGER ONES – en salles le 11 juillet 2018

Il arrive que l’été offre de belles pépites cinématographiques à ne pas rater ! Tel est le cas de THE STRANGE ONES, un film américain indépendant et envoûtant à découvrir dès sa sortie en salles le 11 juillet 2018 (dist. Epicentre films). La prouesse est d’autant plus grande qu’il s’agit du premier long-métrage des deux réalisateurs, Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein, qui, espérons-le, seront amenés à poursuivre leur carrière avec la même inspiration.

Ce récit filmique, aux allures de road movie ténébreux, invite le spectateur à suivre, dans un voyage sans destination évidente, un garçon, Sam, au phrasé et à l’allure singuliers (incroyablement incarné par James Freedson-Jackson) et un jeune homme, Nick (Alex Pettyfer), qu’il présente comme son frère et dont l’aura mystérieuse et séduisante, ne manque pas d’intriguer de son apparition à sa disparition de l’écran…

    

Nick (Alex Pettyfer) – au charisme à la fois puissant et fragile – et l’étrange Sam (James Freedson-Jackson)

Tranchant avec les enchaînements forcenés des blockbusters américains, la mise en scène et le montage privilégient un rythme lent, qui colle à la peau de personnages prisonniers de leurs visions et de leurs cauchemars. L’esthétique de l’image offre, à ce propos, des compositions picturales sublimes, jouant sur des effets de lumière, de matière et d’atmosphère qui retranscrivent, de manière convaincante, un univers à la fois intérieur et onirique. L’incendie, les arbres, le trou noir dans la forêt – transposition, par déplacement imaginaire, d’une cave ou d’un lieu clos dans lequel l’enfant serait resté enfermé ? : tout concourt à créer un espace troublant, entre rêve et réalité ; frontière sur laquelle repose le fantastique par excellence. Loin toutefois de se limiter à l’exploration d’un genre, le film préfère se situer en permanence sur une zone frontière incertaine, où les références se mêlent (David Lynch, Stanley Kubrick…) en toute liberté pour donner naissance à une œuvre singulière et attachante.

La relation entre les deux personnages principaux constitue le cœur même de l’intrigue. Qui est l’un, qui est l’autre? Nick est-il un frère, un double plus âgé, un alter ego ? Où démarre l’identité de l’un, où s’arrête celle de l’autre ? Ce mystère authentique tient en haleine un spectateur qui ne cesse de déchiffrer des signes, des capter des détails, aussi bien par l’image que par le son, travaillé avec une grande subtilité. La répétition de certaines images et l’incertitude chronologique qui règne – où situer le passé ? le présent ? – ajoute au trouble noir que parviennent à créer les deux réalisateurs. Ces artistes aiment à explorer principalement les thèmes du désir, du fantasme (le chat noir n’est jamais loin…), et de la violence propre à l’enfance lorsque celle-ci a été privée d’innocence. Les rapports père-fils sont aussi un sujet central sous-jacent autour duquel le récit tisse sa toile en une série de cercles successifs.

Tout tourne, tout circule – même les objets qui disparaissent parfois de façon magique – dans ce film dont la musique – qui participe pour beaucoup à exprimer un charme teinté d’angoisse – distille des sonorités orientales propres à emporter aux confins de l’image. Elle soutient ainsi une expérience méditative et poétique qui se prolonge séquence après séquence. La boucle finale opérée par le scénario montre le soin qui a été apporté à l’écriture et aux effets d’emboîtements et de transition entre les différents espaces : chambres, route, forêt, camp pour jeunes.

L’interprétation inspirée – possédée pour ainsi dire – du jeune James Freedson-Jackson, dont la voix emprunte parfois de véritables accents diaboliques – explique en grande partie la réussite de THE STRANGER ONES, qui repose aussi énormément sur le charisme d’Alex Pettyfer, pleinement investi dans ce projet qui le tenait à cœur. Cet acteur, qui aime s’écarter des sentiers balisés hollywoodiens, n’est pas sans évoquer Steve Mc Queen, au torse pareillement légendaire et lui aussi passionné de voitures.

Tous ces éléments offrent une parfaite cohésion à ce film intrigant et enchanteur qui s’invite, pour longtemps, dans la mémoire de son spectateur.

Jean-Baptiste Chantoiseau

  

La rédaction de Bien En place interviewée lors de l’avant-première du film à Gaumont-Opéra le 26 juin 2018.

 

http://www.epicentrefilms.com/

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