Vertiges de vivre : Cannes 2017, passionnément

       

A l’occasion de la sortie, le 18 octobre 2017, du film de Ruben Östlund The Square, qui a remporté la Palme d’or à Cannes, retour sur les moments cinématographiques qui ont marqué BIEN EN PLACE lors de ce 70e Festival. Ce cru 2017 témoigne d’une forte diversité thématique et esthétique, au sein de laquelle il aurait été bien difficile de ne pas trouver son bonheur.

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Jupiter’s Moon, sortie 19 mai

Le coup de cœur de BIEN EN PLACE ! Ce long film (123 minutes), aux allures de symphonie moderne, est un tour de force plastique et sémantique. La séquence d’ouverture montre la fuite d’un père et de son fils, Aryan (Zsombor Jéger), tentant d’échapper à leur pays en guerre. La caméra les suit sans relâche, accompagnant aussi bien leur course effrénée que leur chute dans l’eau, dans une continuité qui n’est pas sans rappeler la prouesse de Soy Cuba (1964) de Mikhail Kalatozov. Aryan parvient à survivre à la traversée puis, devenu orphelin, développe la capacité de s’envoler dans les airs ; miracle qu’un médecin, en manque d’argent, tentera d’exploiter. Fuite des migrants, terrorisme, malaise de la société contemporaine : ce film choral aborde tous les thèmes les plus brûlants du monde contemporain tout en développant une esthétique vertigineuse qui emporte avec elle le spectateur. Kornél Mundruczo est un réalisateur à suivre de près.

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120 battements par minute, sortie 23 août

Robin Campillo invite à se replonger dans une période dont l’on parle peu et que certains préfèrent oublier : les années SIDA et la lutte difficile menée par ACT-UP pour que cette maladie et ses victimes soient enfin considérées comme une priorité de santé publique. Avec un naturalisme qui donne l’impression que la mise en scène n’existe pas, comme s’il s’agissait d’un documentaire filmé à l’époque des faits, le réalisateur parvient très subtilement à emporter le spectateur à l’intérieur de son film et à en faire un témoin direct de l’action en cours de développement. Malgré la longueur du film (2 h 20) impossible de s’ennuyer un seul instant. Un film coup de poing et une vraie réussite !

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The Square, sortie 18 octobre

Assurément un film amené à faire grincer plus d’une dent ! A travers une critique acerbe – et parfois un peu cliché – du milieu de l’art contemporain, Ruben Östlund offre bien davantage une réflexion sur les médias, la publicité, le marketing et la modernité occidentale ! Son art du cadrage et son traitement du son font de certaines séquences de véritables morceaux d’anthologie et expliquent sûrement sa récompense suprême à Cannes. Mention particulière pour la scène du dîner de charité : ce morceau de bravoure mérite à lui seul le détour ! La confrontation, inattendue, entre un comédien, en charge de l’animation, et une assistance bon chic bon genre, plongée dans un silence gêné virant au malaise absolu, y devient un instant de mise en abyme saisissant.

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Good Time, sortie 13 septembre

La surprise est venue de ce film, présenté comme un outsider et aux allures d’ovni, des frères Josh et Benny Safdie. Une belle surprise ! Dans un New York sombre et au milieu des rejetés de la société américaine, ce long-métrage s’ouvre sur un braquage qui tourne mal, enclenchant une suite de malheurs en chaîne, à l’instar d’une boîte de Pandore ouverte par mégarde. Au milieu de ce marasme sans espoir, Robert Pattinson est méconnaissable et offre l’une des meilleures interprétations masculines de cette moisson 2017.

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L’Amant double, sortie 26 mai

Inspiré d’un court roman de Joyce Carol Oates, le film de François Ozon réunit à l’écran Jérémie Renier (Paul) et Marine Vacth (Chloé) pour un jeu de séduction au parfum de poison. Sur les traces d’Hitchcock, le réalisateur français joue avec les nerfs du spectateur pour donner du piquant à ce drame psychologique aux accents bergmaniens. Le thème du double, du jumeau et de la folie y est revisité avec maestria, sans que le rythme ne faiblisse jamais. On tombe, sans regret, dans les mailles du filet.

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Le Musée des Merveilles, sortie 15 novembre

Deux ans après Carol, Todd Haynes réinvestit New York pour une nouvelle exploration, aux allures, cette fois, de conte fantastique et de légende urbaine. Entre hystérie et fragilité, Julianne Moore y incarne à la perfection le double-rôle qui lui est confié. A travers le destin croisé de deux enfants, Ben et Rose, Le Musée des Merveilles orchestre une double quête de mémoire : celle de deux enfants en mal d’identité, mais aussi celle du cinéma lui-même, à l’aide de séquences muettes tournées en noir et blanc. Un film d’esthète, peut-être, mais qui interroge surtout ce mystère qui confère tout son pouvoir au cinéma et à l’art plus généralement : ce besoin abyssal de fascination, ancré en chaque individu depuis le plus jeune âge.

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Faute d’amour, sortie 20 septembre

Dans cette fable cruelle, plus linéaire, peut-être, que celle de Léviathan, mais néanmoins touchante, Andrey Zvyagintsev offre un miroir sans concession de son pays, la Russie. Le destin tragique d’un garçon de douze ans, laissé à l’abandon par des parents en instance de divorce et qui finit par disparaître, se fait symbole d’une blessure répétée faite à l’enfance, à l’innocence, mais aussi à l’avenir. La poésie de certains plans frappe avec l’évidence du grand cinéma.

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Happy End, sortie 12 octobre

Ephone en main, cet habitué de Cannes qu’est Michael Haneke a proposé un film efficace d’1 h 47, qui fonctionne comme un compte à rebours jusqu’à cet « happy end » promis dès le départ ; effet d’annonce pour le moins trompeur mais dont l’ironie perverse parlera de suite aux oreilles de tous les familiers de son cinéma. Cet « instantané d’une famille bourgeoise européenne » pour reprendre les termes du catalogue officiel de Cannes, propose une confrontation directe avec une question que tout le monde refuse de voir : celle de la fin de vie et du droit à disparaître ; hypocrisie et schizophrénie sociales révélées à travers le regard d’un monstre… en la personne d’une enfant ! Le tout servi par le magnifique trio Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant et Matthieu Kassovitz.

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Mise à mort du Cerf sacré, sortie 3 novembre

La tension qui règne dans le film de Yorgos Lanthimos est palpable dès l’ouverture… et ne lâche pas le spectateur jusqu’à la fin ! Ce thriller psychologique angoissant offre des mouvements de caméra et des angles de vues saisissants, qui font parfois penser à Kubrick. Une belle réussite qui illustre ce que le cinéma américain sait produire de plus envoûtant.

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Les Proies, sortie 23 août

Non contents d’être réunis dans le film de Yorgos Lanthimos, Colin Farrel et Nicole Kidman occupent à nouveau le devant de la scène dans cet autre film, signé Sofia Coppola. Une mise en scène précise et un casting irréprochables rendent convainquant et oppressant ce drame aux allures de huis clos, en pleine guerre de Sécession. Remake – non assumé comme tel par la cinéaste – d’un film de Don Siegel de 1971 avec Clint Eastwood, ce long-métrage est l’occasion d’une reprise en main… féminine. Avis aux amateurs !

Hors catégorie

Rodin, sortie 31 août

Une pensée… pour Rodin à travers le film de Jacques Doillon. Le sculpteur, magnifiquement incarné par Vincent Lindon, a été à l’honneur pour cette édition 2017, cent ans après sa disparition. Des séquences très fortes – de modelage, d’assemblage (Je suis Belle) ou encore de surgissement (le Balzac au milieu du jardin de Rodin à Meudon) offrent une occasion rare de découvrir un univers fait d’austérité, de concentration, mais aussi de poésie ; celui du plus grands des maîtres de la sculpture contemporaine.

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