FESTIVAL DU CINÉMA AMÉRICAIN DE DEAUVILLE 2026 : NOS COUPS DE CŒUR

Par Alexandre LEBRAC

Cette année encore, le Festival du Cinéma Américain de Deauville nous aura offert une sélection éclectique et audacieuse. Outre le plaisir de (re)découvrir La Porte du Paradis, Gremlins 2, Bienvenue à Gattaca, Docteur Folamour ou encore Il était une fois en Amérique, cette 52ème édition était surtout l’occasion de se plonger dans un grand bain de nouveautés.

En voici un bref aperçu à travers nos 10 principaux coups de cœur.

CLUB KID

Remarqué à Cannes et désormais à Deauville, où il aura remporté le Grand Prix et le Prix du public, Club Kid est sans conteste l’un des trésors de cette édition 2026.
Première réalisation de Jordan Firstman, le film met en scène ce dernier dans la peau de Peter, new-yorkais gagnant sa vie en organisant des soirées branchées où la drogue (que lui-même consomme allègrement) circule en abondance… et dont le quotidien se trouve chamboulé par l’irruption d’un fils de 10 ans dont il ignorait l’existence.

Portrait d’un homme-enfant poussé à grandir par ce fils clairement plus adulte que lui, Club Kid brille non seulement par sa sensibilité mais aussi et surtout par les nombreux moments légers et comiques qu’il comporte, ceux-ci insufflant à l’ensemble une exceptionnelle fraîcheur tout en évitant l’excès de pathos. Cet équilibre et la grande justesse de sa narration permettent ainsi à Jordan Firstman de traiter les notions de filiation et de quête existentielle de façon réaliste, touchante et jamais rébarbative, mais aussi de dépeindre sans jugement ni complaisance les ravages de la toxicomanie et le caractère banal qu’elle revêt trop souvent, notamment dans les milieux tenant lieu de toile de fond au film.

À la fois comédie de duo et récit d’une rédemption, servi par une réalisation léchée et porté par un casting sans faute – de Jordan Firstman lui-même au jeune Reggie Absolom, en passant par Diego Calva et Cara Delevingne – Club Kid s’impose comme un bijou d’humanisme à la portée universelle : en témoigne son accueil en festival, en espérant que sa sortie prochaine en salles lui offrira le succès commercial qu’il mérite.

PARTY USA

Autre révélation parmi les plus percutantes de cette édition, Party USA, premier long-métrage de Jared Sprouse, plonge son spectateur dans l’histoire de Taylor (interprétée par Ainsley Seiger). Prise entre un travail détestable à tout point de vue et une famille ne sachant que se faire entretenir par elle, la jeune femme voit sa vie basculer lorsqu’un petit mot de trop la pousse à tuer son insupportable supérieure hiérarchique et en cacher le cadavre avec l’aide de son compagnon…

Comédie grinçante en diable et satire sociale sans concession – la tension et le malaise y sont aussi palpables que contrebalancés par d’excellents traits d’humour noir – le film s’illustre autant par sa mise en scène que par son écriture. Il est en effet probant de constater avec quelle aisance Party USA permet au spectateur de comprendre Taylor – qu’à aucun moment on ne souhaite voir rattrapée par la justice – alors même que la qualité de ses décisions ne fait que chuter à mesure que les imprévus s’accumulent, et ce jusqu’à ce que ses instincts les plus profonds la poussent à sombrer dans la monstruosité la plus totale, pour un final aussi effrayant que jubilatoire.

Commentaire évident sur les mythes et travers de la société américaine – avec l’aliénation dans le monde du travail, la réussite aussi encouragée qu’entravée par les proches, la négligence des autorités lorsqu’un anonyme disparait et plus globalement le mirage du rêve américain – Party USA s’avère haletant et cruel mais aussi désopilant et d’une très grande pertinence. Une réussite.

TEST

Dans un autre style, Test de Sam McConnell relate le parcours d’Eddie (joué par Brock Yurich, également auteur du scénario). Bodybuilder amateur vivant avec sa mère bigote et alcoolique, celui-ci vit en dissimulant son homosexualité lorsqu’un coach attire son attention et accepte de l’entraîner…

Inspiré de l’expérience personnelle de Brock Yurich en tant que bodybuilder, Test, dont le titre est en partie inspiré du mot « testostérone », s’illustre en premier lieu par son élégance visuelle et son efficacité dramaturgique. On y trouve ainsi le portrait saisissant d’un homme prisonnier de ses traumatismes et de la pression sociale dont il est l’objet (à travers sa mère, sa communauté religieuse ou même des amis qu’il craint de décevoir). Outre cet aspect, la grande réussite du long-métrage tient à son absence totale de fausse pudeur le conduisant à montrer aussi bien de superbes scènes de tendresse ou de nudité (jamais racoleuses) que le spectacle bien plus dur du « dopage ordinaire » (condition sine qua non pour prétendre au métier de bodybuilder), de la violence, sourde ou assumée à l’encontre d’Eddie, du mal-être individuel du personnage ou encore du poids des conventions. Un spectacle fort, réaliste et superbement incarné.

FAYE

Invitée d’honneur de cette 52ème édition – ainsi que Susan Sarandon, Ethan Hawke et Brendan Fraser – Faye Dunaway était aussi l’objet d’un documentaire sorti en 2024 et diffusé à Deauville pour l’occasion.

Réalisé par Laurent Bouzereau à partir d’extraits de films, d’archives photographiques et télévisuelles et surtout d’entretiens filmés avec la star et son fils Liam, Faye revient en 90 minutes sur l’extraordinaire carrière de Faye Dunaway, des chefs-d’œuvre dont elle fut la vedette (Bonnie and Clyde, Chinatown, L’Affaire Thomas Crown, Network et tant d’autres…) à son statut de légende vivante en passant par ses échecs (Mommie Dearest, Supergirl…) mais aussi sa vie personnelle, sa santé mentale et sa réputation (assumée) de diva capricieuse.

Comportant également des interventions de Sharon Stone, Jerry Schatzberg, Mickey Rourke ou Mara Hobel, le long-métrage, jouissant d’un excellent montage, de la pertinence de sa narration et par-dessus tout de la franchise de ses intervenants – Faye Dunaway en tête, cette dernière reconnaissant volontiers avoir un tempérament difficile – résume de manière ludique le parcours hors-normes d’une actrice à la filmographie exceptionnelle, mais surtout d’une femme complexe et fascinante. Un portrait tout en nuances, inspiré et passionnant.

GREMLINS : L’AMÉRIQUE PARASITÉE

Côté documentaire toujours, Gremlins : l’Amérique parasitée offrait, en attendant sa diffusion prochaine sur Arte, un résumé complet et concis (52 minutes) de l’Histoire des films Gremlins (1984) et Gremlins 2 : la nouvelle génération (1990).
Constitué d’archives, d’une narration en voix-off et d’entretiens avec les cinéastes Joe Dante et John Landis, le producteur Michael Finnell et l’actrice Haviland Morris (inoubliable Marla dans Gremlins 2) le film, réalisé par Adrien Dénouette, revient en détail sur les conditions de naissance du premier long-métrage – de son développement compliqué à son succès commercial fracassant – et de sa suite, mais également sur tout ce que ses films disent de l’être humain et plus particulièrement de l’Amérique (ceux qui l’ignorent découvriront ainsi que ces films traitaient, avec un humour ravageur et de manière parfois quasi-explicite, de sujets aussi divers que la face cachée des choses, les années Reagan, Donald Trump, la foi aveugle en la technologie ou encore notre rapport à la violence).
Tour d’horizon jubilatoire pour peu qu’on aime la saga, Gremlins : l’Amérique parasitée – qui tire son titre du fait qu’avant les films de Joe Dante, les Gremlins étaient des lutins qu’une légende urbaine accusait de causer des défaillances techniques ou des accidents d’avions – est le moyen idéal de tester ses connaissances sur ces deux incontournables des années 80 et l’assurance d’avoir très vite envie de les revoir, tant pour leur drôlerie inégalable que pour la pertinence toujours intacte de leur propos.

DERNSIE : THE AMAZING LIFE OF BRUCE DERN

Premier long-métrage documentaire de Mike Mendez, surtout connu jusque-là pour ses films de genre, Dernsie : The Amazing Life Of Bruce Dern relate la vie et la carrière de Bruce Dern.

Articulé autour d’entretiens avec ce dernier mais aussi avec sa fille Laura et d’autres intervenants parmi lesquels Quentin Tarantino, le film revient à l’aide d’archives et de confidences, sur le parcours de son protagoniste, de ses débuts – chez Elia Kazan, Alfred Hitchcock, Roger Corman ou Hal Ashby – à la reconnaissance obtenue sur le tard, en passant par ses innombrables rôles de méchant et son amour de la course à pied.

Tenant autant au charme de son sujet qu’à l’ampleur de sa filmographie, Dernsie : The Amazing Life Of Bruce Dern brosse ainsi le portrait tendre et profondément émouvant d’un homme rendu inarrêtable, toute sa vie durant, par l’amour de son métier – et de la course.

Un documentaire drôle et touchant sur un acteur passionné doublé d’un homme profondément libre.

HERE I’M ALIVE

Dans un registre fictionnel mais largement inspiré par le documentaire, Joshua Z. Weinstein (prix du Jury en 2017 pour Brooklyn Yiddish) revenait à Deauville avec le choral et très new-yorkais Here I’m Alive.

Inspiré notamment de Short Cuts, Magnolia et After Hours, ce nouveau long-métrage nous plonge pour une nuit dans la vie d’un ermite des temps modernes – refusant de sortir de chez lui et préférant voir le monde à travers son écran d’ordinateur – d’un apprenti gigolo en quête d’un sugar daddy, d’un livreur en situation irrégulière et d’une jeune fille espérant faire fortune en devenant productrice de télé-réalité…

Récit de rêves brisés et portrait de personnages en proie à leurs illusions – tous ont en commun de confondre la réalité et le monde virtuel, que ce soit en y voyant un moyen de simplifier les rapports humains ou, plus généralement, en s’imaginant que la vie oisive promue par les réseaux sociaux constitue un objectif sain et atteignable – Here I’m Alive s’avère, malgré son cynisme et la nature tragique de ses personnages, amusant – Joshua Z. Weinstein parle d’une « comédie à l’humour typiquement new-yorkais » – et d’une grande poésie.

Interprété par des comédiens non-professionnels repérés dans la rue, le résultat s’avère criant de vérité et totalement immersif, ce que renforcent notamment le choix d’une musique toujours « in » et la précision du montage ne laissant apparaître aucun élément superflu.

Un moment suspendu entre rêve et réalité au coeur de la nuit new-yorkaise.

TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA

Présenté à Deauville en avant-première après avoir remporté la Queer Palm à Cannes, Teenage Sex And Death At Camp Miasma de Jane Schoenbrun relate la rencontre entre une jeune cinéaste passionnée (Hannah Einbinder) chargée de relancer la franchise de slasher Camp Miasma (couronnée de succès dans les années 80 mais largement galvaudée depuis par des suites trop nombreuses et bâclées) et l’actrice du premier film de la saga (Gillian Anderson) vivant recluse depuis des années. Attirées l’une par l’autre, les deux femmes entament un long voyage mental fait de paranoïa, de symboles et surtout de désir.

Véritable délire grand-guignol rendant hommage au cinéma de genre à grand renfort de références et d’esthétique au deuxième degré, Teenage Sex And Death At Camp Miasma, s’il s’avère souvent d’une lourdeur absolument indigeste, vaut néanmoins d’être vu ne serait-ce que pour son dénouement et son étonnante morale. Réflexion sur l’excès de réflexion – dans notre société en général et plus particulièrement en l’occurrence chez les jeunes cinéphiles – le film semble en effet osciller en permanence entre sa volonté de repousser les limites du méta et le fait que ses deux héroïnes trouvent justement leur épanouissement dans l’absence d’intellectualisation et l’exploration pure et simple de leurs désirs charnels. Une contradiction d’autant plus intéressante qu’elle n’atteint son point d’équilibre qu’à la fin du récit lorsque, par une très belle pirouette, un cliché bien connu du genre horrifique se retrouve transformé en motif de comédie romantique, pour un final malin et euphorisant, confirmant du même coup le véritable sujet du film.

Un exercice de style souvent maladroit mais ponctué de très belles trouvailles et largement renforcé par la performance de Gillian Anderson.

THE LIBERATION OF RITA COOPER (THE LIBERATION)

Dans un registre autrement plus dramatique, le dernier opus de Guy Nattiv (dont le film Golda fut également projeté à Deauville en 2023) The Liberation Of Rita Cooper (The Liberation) narre l’entrée de Rita, sa protagoniste, dans une secte de femmes durant les années 1980 et les efforts de ses deux filles pour l’en faire sortir, quelques années plus tard.

Thriller haletant à la distribution impeccable – on retiendra particulièrement Carrie Coon, aussi pathétique que touchante dans la peau de Rita Cooper, face à une Lily James édifiante et brillamment odieuse dans son rôle de gourou – et à la narration alternant passé et présent, The Liberation Of Rita Cooper s’avère non seulement irréprochable sur le plan technique mais aussi d’une extrême justesse dans sa description des dérives sectaires et des rapports d’emprise. En résulte un spectacle souvent douloureux à voir mais très réussi et ô combien nécessaire.

Un long-métrage sensible, terrifiant et pleinement maîtrisé.

STOP ! THAT ! TRAIN !

Également présenté à Deauville en avant-première, Stop ! That ! Train !, produit par RuPaul, mettant en scène plusieurs drag queens issues de l’émission RuPaul’s Drag Race et mis en scène par Adam Shankman (réalisateur, entre autres, du film musical Hairspray de 2007) était sans doute l’une des découvertes les plus réjouissantes de cette édition.
Le spectateur y accompagne Tess et Deedee, deux amies tout juste nommées hôtesses à bord du luxueux train à grande vitesse « Glamazonian Express ». Alors qu’une tornade menace de le faire dérailler, l’équipage tente d’éviter le pire, aidé notamment par la Présidente des États-Unis (incarnée par RuPaul en personne) et son équipe. 

S’inscrivant directement dans la lignée des ZAZ – on pense tout particulièrement à Y a-t-il un pilote dans l’avion ? dont il reprend la structure de faux film catastrophe – Stop ! That ! Train ! s’impose dès ses premières images comme une authentique comédie parodique à l’ancienne, additionnée de références (dans son intrigue, ses dialogues et bien sûr son casting) à l’univers de Drag Race.

Joyeux et coloré – on notera l’opulence des décors et des costumes, personnages à part entière du film – le long-métrage, s’il renferme évidemment une dimension politique indiscutable – personne ne peut prétendre qu’une comédie jouée par des drag queens et montrant RuPaul en présidente des États-Unis serait anodine dans l’Amérique de 2026 – surprend et brille par sa légèreté assumée, choisissant délibérément de ne jamais se prendre au sérieux et laissant au second plan un sous-texte au demeurant limpide afin de privilégier ses gags et sa folie douce.

Or en ces temps si anxiogènes, une telle déclaration d’amour à un cinéma sans naïveté mais purement loufoque (une combinaison bien trop rare) fait l’effet d’une bouffée d’oxygène inespérée.

Une comédie déjantée et malicieuse comme on aimerait en voir plus souvent.

ALEXANDRE LEBRAC

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