Day: 23 Mai 2026

Top 10 de Bien en place – CANNES 2026

Une sélection excellente pour ce Festival de Cannes 2026 et des choix cornéliens tant pour les longs-métrages à retenir que pour le classement. En tout, l’équipe de Bien en place a vu 37 films cette année.

1- All of a Sudden – Hamaguchi Ryusuke

Virginie Efira (dans le rôle de Marie-Lou) et Tao Okamoto (dans celui de Mari) nous ont emmené dans un voyage profond et saisissant sous la houlette du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi, dont « Drive My Car » nous avait déjà envoûté. La première est directrice d’un Ehpad, la seconde dramaturge atteinte d’un cancer incurable. Ensemble et au milieu d’un collectif de personnels soignants et de patients âgés, elles vont traverser une inoubliable tranche de vie.

1bis – La Bola Negra – Javier Calvo & Javier Ambrossi

Un vrai choc esthétique, narratif, cinématographique ! Un film qui mérite la Palme d’or absolument pour sa singularité, sa maestria et sa profondeur. Dans cette fresque hispanique mettant en scène trois générations, le passé, le présent et l’avenir résonnent autour du destin d’hommes aimant les amours interdites. La vie et la poésie de Federico García Lorca offrent au film son cœur battant. Puissance d’un souffle épique et sensibilité se marient ici au firmament.

3- Fjord – Christian Mungiu

Le réalisateur roumain maîtrise comme nul autre l’art de la dramaturgie ! En s’intéressant au destin d’une famille catholique traditionnelle tentant de s’intégrer en Norvège, le film pose de nombreuses questions, obligeant chaque camp à un examen de conscience sans vainqueur. Un tour de force à une époque trop souvent manichéenne.

4- Minotaure – Andreï Zviaguintsev

Enfin un film, depuis la Russie, sur la guerre en Ukraine à travers le quotidien d’une famille russe privilégiée, bientôt rattrapée par des dilemmes moraux et éthiques. Affiche d’un soldat héros de guerre glissant sur le sol, signes imperceptibles sur le visage d’une femme adultère, goutte de sang laissée sur une table de salon : le film joue sur les non-dits et la délicatesse des détails pour s’exprimer pleinement ! Du grand art.

5-Coward – Lukas Dhont

On avait hâte de revoir Lukas Dhont dont les trois films ont tous été en compétition à Cannes ! Le nouveau né a tout pour réjouir : singularité de l’histoire ; génie des acteurs ; souffle de la mise en espace avec des scènes de guerre enlevées. Au milieu du désastre, comment se construire un inadmissible cocon amoureux ? Le film apporte une réponse qui substitue l’audace à la lâcheté.

6-Nagi Notes – Fukada Koji

Quelques jours dans la ville de Nagi vont offrir un cadre – les plans fixes sont sublimes, à peine suspendus par quelques rares envolées de caméra – un espace délicat et quasi magique pour faire ressurgir les fantômes du passé et faire parler le désir interdit et qui revient, génération après génération. Ce n’est plus l’art opératoire mais l’art sculptural qui règne à travers une artiste retrouvant une amie de passage, pour quelques jours, et qu’elle va métamorphoser en œuvre en la prenant pour modèle. Dès son arrivée en ville, la revenante est reconnue par un jeune garçon et pour cause : son père, amoureux en secret d’elle, a son portrait dans sa chambre. A l’éveil – tout en silence et en subtilité – homosexuel de deux jeunes garçons, répond le désir trouble entre deux femmes, qui va finir par connaître la lumière ?

7- The Man I Love – Ira Sachs

Dans le New York des années 1980 gangrené par le Sida, Ira Sachs redonne vie et forme à des êtres qu’il a connus et aimés. Il le fait de manière bouleversante en retraçant les amours d’un jeune acteur atteint par le virus et que rien ne pourra sauver. Rami Malek est admirable et mériterait un prix.

8- Paper Tiger – James Gray

C’est un bon festival pour James Gray, qui offre une œuvre classique, certes, mais aux cadrages et à la composition remarquables. Le casting est au top, permettant de partager le quotidien de cette famille new-yorkaise tourmentée par la mafia russe dans les années 1980. Un beau morceau de cinéma, très attachant.

9- Gentle Monster – Marie Kreutzer

Lucy (Léa Seydoux), musicienne qui se livre à des performances lives impressionnantes et modernes en piano-voix, est mariée à Philip (Laurence Rupp) avec qui elle a un enfant de huit ans, Johnny. Les difficultés financières les incitent à s’installer à la campagne, où des scènes d’ouverture idylliques sont tournées, avec une présence marquée des corps et une proximité charnelle entre les trois membres de la famille qui pose question… mais après coup. Ce film aborde les dilemmes parfois sans réponses que pose la pédocriminalité lorsqu’elle en vient à concerner un entourage proche et insoupçonnable. Léa Seydoux est remarquable.

10- Hope – Na Hong-Jin

Ce film d’action au cœur de Cannes est époustouflant par son exécution, son rythme et son humour. Un ovni dans la compétition aussi inattendu que réjouissant.

BONUS : Fatherland – Pawel Pawlikowski

L’art du cadrage à la perfection. Avec une esthétique raffinée à souhait, le réalisateur aborde la vie du grand Thomas Mann, accompagné par sa fille au lendemain du suicide du frère incompris. La froideur et la morgue de cette terre paternelle est saisissante !

COUP DE CŒUR : Jim Queen – Marco Nguyen & Nicolas Athané

Enfin un film Queer à Cannes et qui plus est un film d’animation ! Une soirée inoubliable et survoltée dans le grand théâtre Lumière pour un film joyeux, drôle et irrésistible !

Mention spéciale : John Travolta – Vol de nuit pour Los Angeles

Pour son tout premier film, le légendaire John Travolta revisite son enfance avec sensibilité et nostalgie. Des vols de nuit avec sa mère, d’un avion l’autre, il retient le glamour, les fantasmes et une certaine dose de candeur et de naïveté qui met du baume au cœur.

La rédaction de Bien en place