Day: 16 Mai 2026

Et soudain… un monstre au cœur du Festival et deux très beaux films !

Virginie Efira (dans le rôle de Marie-Lou) et Tao Okamoto (dans celui de Mari) nous ont emmené dans un voyage profond et saisissant sous la houlette du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi, dont « Drive My Car » nous avait déjà envoûté. La première est directrice d’un Ehpad, la seconde dramaturge atteinte d’un cancer incurable. Ensemble et au milieu d’un collectif de personnels soignants et de patients âgés, elles vont traverser une inoubliable tranche de vie.

On se laisse facilement porter et emporter par ce film fleuve (3 h 16), aux dialogues délicats et existentiels. Les deux femmes comprennent qu’elles ont chacune, de leur côté, entrepris un chemin de vie qui leur a permis d’arriver à ce moment-là, celui d’une rencontre. La douceur avec laquelle le réalisateur filme Paris ou les paysages japonais est confondante. Virginie Efira, en charge de son Ehpad, s’efforce de mettre en place un programme, « l’humanitude » pour replacer le temps et les gestes humains au centre de la gestion de son établissement, ce qui n’est pas sans provoquer des résistances de certaines aides-soignantes. Caresses, massages, touchers, jeux en extérieur : ce sont-là des cures d’une valeur inestimable qui doivent permettre de dépasser la froideur des rapports médicaux pour une prise en compte réelle de l’humain.

Beauté des gestes, des paroles ; profondeur du jour et de la nuit ; appel au lâcher-prise : ce film est une leçon de cinéma et une leçon de vie. C’est uniquement lorsque l’on est parfaitement détendu que l’on peut prendre pleinement conscience des potentialités qui s’offrent à soi, en viennent à conclure les deux femmes, devenues viscéralement âmes-sœurs.

Un appel aux valeurs essentielles de la vie et de l’humanisme : beaucoup des films sélectionnés cette année mettent en avant ce message.

Une salle – le théâtre Lumière – mais deux ambiances pourrait-on dire ! Le second film en compétition vu ce jour fut « Gentle Monster » de la réalisatrice autrichienne Marie Kreutzer. Lucy (Léa Seydoux), musicienne qui se livre à des performances lives impressionnantes et modernes en piano-voix, est mariée à Philip (Laurence Rupp) avec qui elle a un enfant de huit ans, Johnny. Les difficultés financières les incitent à s’installer à la campagne, où des scènes d’ouverture idylliques sont tournées, avec une présence marquée des corps et une proximité charnelle entre les trois membres de la famille qui pose question… mais après coup.

En effet, le film bascule rapidement avec l’arrivée de la police qui saisit ordinateurs et disques durs de Philip, qui se révèlera plus tard détenteur et addict de vidéo relevant de la pédocriminalité. Un doute affreux s’installe chez Lucy. A-t-il touché à leur propre garçon ? Jusqu’où est-il allé dans sa perversion et en quoi consiste-t-elle exactement ? Beaucoup de questions et peu de réponses, telle est la dure et insupportable réalité pour Lucy, personnage qui révèle une Léa Seydoux admirable et excellente, entre émotion retenue, animalité, rage et désespoir. Un film éprouvant, qui a le grand mérite de nous plonger au cœur de la complexité de ce genre de situation où le non dit règne en maître. Une manière, grâce au cinéma, de réfléchir et de lever le silence.

La rédaction de Bien en place