

BIEN EN PLACE a savouré la délicatesse des deux premiers films en compétition : « La Vie d’une femme » de Charline Bourgeois-Tacquet et « Nagi Notes » du Japonais Fukada Koji.
Ces deux longs-métrages offrent un début de Festival au plus près des émotions et de la subtilité des sensations humaines. Dans des styles très différents, issues d’univers culturels chacun singuliers et spécifiques, ces deux œuvres placent le spectateur au centre des désirs, frustrations, fantasmes humains ; ces films illustrent ces moments de crise et de grâce qui ponctuent toute existence.
Charline Bourgeois-Tacquet ouvre sur un premier plan au plus près de la peau de son héroïne, dans une scène d’orgasme : les corps se mêlent, de très près ; le ton est donné : on ne quittera guère d’une semelle son personnage féminin, superbement incarné par Léa Drucker. Choisir une chirurgienne que les opérations n’effrayent pas est symbolique : la réalisatrice, comme son héroïne, dissèque plan après plan, mais les âmes pour sa part ! Ce ne sont plus « 24 heures dans la vie d’une femme », mais des chapitres thématiques qui se succèdent, dans un ordre chronologique, où tout défile avec doigté : la fatigue du travail, la crise du couple, la mère vieillissante (divine Marie-Christine Barrault), l’amitié déçue, l’expérience homosexuelle, la trahison, les retrouvailles et peut-être l’apaisement ? Et pourquoi pas en Italie ? Un film tumultueux et doux à la fois, où tout parle, tout résonne, avec une mise en scène très fluide et naturelle, à l’image d’un casting irréprochable.
Expériences de la vie et douceur d’un autre film, à l’extrême opposé sur la surface du globe : « Nagi Notes ». Quelques jours dans la ville de Nagi vont offrir un cadre – les plans fixes sont sublimes, à peine suspendus par quelques rares envolées de caméra – un espace délicat et quasi magique pour faire ressurgir les fantômes du passé et faire parler le désir interdit et qui revient, génération après génération. Ce n’est plus l’art opératoire mais l’art sculptural qui règne à travers une artiste retrouvant une amie de passage, pour quelques jours, et qu’elle va métamorphoser en œuvre en la prenant pour modèle. Dès son arrivée en ville, la revenante est reconnue par un jeune garçon et pour cause : son père, amoureux en secret d’elle, a son portrait dans sa chambre. A l’éveil – tout en silence et en subtilité – homosexuel de deux jeunes garçons, répond le désir trouble entre deux femmes, qui va finir par connaître la lumière ?
Merci au festival de Cannes pour ces deux œuvres poétiques et touchantes, qui rebattent les cartes de la féminité et de la masculinité, et surtout ouvrent en grand les portes du rêve et du désir.
La rédaction de Bien en place
