Mois: mai 2020

Sous la lumière de Darius Khondji

Jordan Mintzer, le 25 juin 2019, a été lauréat du 3e Prix du livre de cinéma du CNC pour un ouvrage que tous les amoureux du 7e art devraient avoir un jour entre leurs mains : CONVERSATIONS AVEC DARIUS KHONDJI (éditions Synecdoche, 2018). En présence du grand critique et historien du cinéma Michel Ciment, de l’éditeur et de la présidente du jury, la comédienne Emmanuelle Devos, cette cérémonie a permis de mettre sous la lumière l’œuvre d’un des plus grands chefs-opérateur de l’image au monde : Darius Khondji.

Ce livre bilingue (français/anglais) constitue une authentique prouesse éditoriale, ayant nécessité de nombreuses années de travail. Le lecteur y trouvera des documents d’archives inédits, des photos de tournages, des extraits de storyboards ou des moodboards qui tous reflètent la riche carrière de Darius Khondji. Les passionnantes conversations entre ce dernier et Jordan Mintzer, producteur de films et critique new yorkais, offrent une contribution majeure à la connaissance d’un métier dont il est hélas trop peu question dans les ouvrages de cinéma : celui de chef-opérateur de l’image. Il comporte en outre des interviews d’artistes avec lesquels Darius Khondji a collaboré… et la liste est impressionnante : Jean-Baptiste Mondino, Jean-Pierre Jeunet, Bernardo Bertolucci, Woody Allen, Isabelle Huppert, James Gray… Leurs témoignages apportent des points de vue précis et singuliers : on appréhende ainsi grâce à eux, de façon très parlante, certains des défis que Darius Khondji a été amené à relever et la manière dont il y est parvenu. De plus, en donnant la parole à des étalonneurs, des cadreurs, à des techniciens et artistes de renom, comme Yvan Lucas, Jörg Widmer, Philippe Parreno ou Frank Weterrings, Jordan Mintzer prolonge cette exploration de la fabrique des films de manière didactique, sans jamais séparer ce qui relève de la technique et de l’artistique. Par ailleurs, un avant-propos de Michel Ciment – rappelant la nécessité de dépasser la simple « politique des auteurs »pour envisager le cinéma comme un travail collectif – et une conclusion touchante de Nicolas Winding Refn, encadrent de la plus belle des façons l’ouverture et la fin du livre.

Les conversations en continu entre Darius Khondji et Jordan Mintzer forment le cœur battant de ce livre vivant et reviennent – en plus des artistes déjà cités ci-dessus – sur ses collaborations avec David Fincher, Alan Parker, Roman Polanski, Danny Boyle, Sydney Pollack, Michael Haneke, Wong Kar-Wai, Bong Joon Ho… entre autres ! La participation de Darius Khondji à de si multiples chefs-d’œuvre cinématographiques permet au dialogue avec Jordan Mintzer de faire entrer, de manière exemplaire, le lecteur dans les arcanes de la conception et de l’exécution de l’image de cinéma.

   

L’équipe de Bien en place avec Darius Khondji au CNC le 25 juin 2019 et un extrait du livre paru chez Synedoche (2018).

Dans son introduction, Jordan Mintzer, revient sur l’éternelle opposition entre artiste et artisan. Ce débat a traversé toute l’histoire de l’art et concerné plus particulièrement les peintres, qui de simples « coloristes » voulaient être considérés comme des intellectuels et des artistes à part entière, au même titre que les poètes et les écrivains. De la Renaissance italienne à nos jours, les siècles passent mais les thématiques reviennent, certes à propos d’un art différent – le cinéma – dont Canudo dès les années 1920 affirmait qu’il était la synthèse de tous les arts -; un art qui justement invite à tout repenser, tant il nécessite la collaboration de métiers et de champs disciplinaires différents.

Film après film, page après page, la dimension artistique du travail technique sur l’image opéré par Darius Khondji s’impose. L’auteur affirme même l’existence d’un style propre à Darius Khondji : « Je ne suis […] pas le seul à remarquer certaines tendances dans sa façon de faire les images et d’éclairer, depuis sa prédilection pour les noirs et les ombres jusqu’à son utilisation du doré et autres lumières chaudes pour ponctuer un plan » (p. 13) ; thèse à laquelle Darius Khondji oppose une approche plus pragmatique, déclarant être à chaque fois au service d’un film et d’un réalisateur et trouver des solutions propres à une histoire et à une esthétique spécifiques.

Et si ces deux vues n’étaient pas si incompatibles qu’elles n’y paraissent ? Le débat, captivant, ne cesse d’être relancé chapitre après chapitre, dans cet ouvrage construit à la manière d’une enquête. Il est vrai qu’en revoyant les films dans lesquels Darius Khondji a été impliqué, un air de famille se constate ; chaleur dorée de l’image, atmosphères jaunes-rouges, densités de noir et blanc, art du contraste. Il apporte ainsi à certains scénarios une vision profondément originale qui aboutit à l’émergence d’un univers plastique singulier et marquant pour le spectateur, à contre-courant parfois de ce qui est attendu pour un genre donné. Les propos de Jean-Pierre Jeunet sont à ce sujet très éclairants. Revenant sur Delicatessen (1991), il déclare : « Sur ce film, il a eu l’idée presque révolutionnaire de tourner avec des couleurs chaudes alors que ce genre d’histoire aurait d’ordinaire impliqué des tons beaucoup plus froids » (p. 93).

La capacité des images de Darius Khondji à frapper l’œil et la mémoire du spectateur se vérifie dans bien des films, comme le montre l’exemple de The Immigrant (2013) de James Gray. Nous avions découvert ce long-métrage lors de sa présentation à Cannes – sans en connaître par avance le générique, placé intégralement à la fin. Si le scénario et surtout le développement des personnages pouvaient, de notre point de vue, laisser le spectateur sur sa faim, les images, en revanche, avec leur luminosité singulière, provoquaient une impression forte : la statue de la Liberté se détachant d’un horizon sépia/orangé ; l’atmosphère rouge-jaune pour rendre la réalité d’espaces intérieurs éclairés à la lampe ou à la bougie dans les années 1920 ; la scène dans l’église avec les cierges et les ondes lumineuses passant à travers les vitraux ; la lumière froide et grise de l’eau et du ciel pendant la traversée vers Ellis Island et cet incroyable plan final, où lumières intérieures et extérieures se mêlent : on y voit, à travers une lucarne fermée par des barreaux, l’héroïne et sa sœur s’éloigner de l’île en bateau tandis que le héros, à la moralité ambiguë, quitte la pièce ; sortie du personnage dont un miroir permet au spectateur d’être le témoin. Tous ces éléments mêlant intérieur, extérieur et reflet se fondent dans un seul et unique plan, où la lumière fait office de synthèse en réunissant, une dernière fois, des personnages dont les destinées se poursuivent dans des directions opposées.

Les exemples pourraient se multiplier à l’infini tant ce livre représente une invitation au voyage ; voyage dans des univers filmiques, des horizons, des ambiances mystérieuses ou chaleureuses : polaroids dans New York frappés d’inquiétante étrangeté ; désert de Mauritanie entre chien et loup  ; photos de tournage en Italie ou de repérage aux États-Unis… Partout émane un sentiment de curiosité et de générosité du regard ; le plaisir des rencontres, des croisements, des synesthésies. Le lien entre peinture et cinéma participe d’une telle gourmandise intellectuelle : des peintres de la Renaissance italienne en passant par Edward Hopper ou par les clairs-obscurs du Caravage. Un œil nourri est un œil bien averti et capable de mettre son expertise au service d’un projet. Le brassage des références et la fertilité des échanges lors de la préparation des tournages comme celui de Seven (1995) s’y avèrent primordiaux et ouvrent là encore des pistes de réflexion fertiles. Enfin il est aussi question du numérique dans cet ouvrage qui tord là encore le cou à certaines idées-reçues : « Avec le numérique, on peut ajouter tout le grain ou le contraste qu’on veut. Je n’ai rencontré aucun problème pour faire en numérique ce que je faisais avant sur pellicule » affirme Darius Khondji.

Conversations avec Darius Khondji de Jordan Mintzer est donc un livre important et éclairant à tous points de vue. En ce mois de mai où les amoureux de cinéma se voient privés de festival de Cannes et de salles obscures, il constitue l’antidote au spleen et relance délicieusement le moteur de la caméra… et celui de l’imagination.

Jean-Baptiste & Raphaël Chantoiseau

La rédaction de Bien en place a eu le privilège d’être photographiée par le maître des ombres et de la lumière, Darius Khondji… devant  La Porte de l’Enfer au musée Rodin ! Puis l’ange a posé entre les deux démons, grâce à la complicité de Marianne Khondji. Nous les en remercions tous deux infiniment.

Bien en place avec Brigitte Macron et Bettina Rheims !

Il y a 3 ans jour pour jour, le 7 mai 2017, Emmanuel Macron devenait le 8e Président de la République sous la Ve République. A cette occasion, retour en images sur la rencontre de Bien en place avec Brigitte Macron, le 8 février 2018, au château de Vincennes.

 

 

Dans ce haut lieu de l’histoire de France, Bettina Rheims a exposé des portraits de femmes photographiées en prison. Frontalité, couleur, lumière, regard : grâce à sa maîtrise de la composition, l’artiste a offert un témoignant touchant, humaniste et combattif.

Lors de cette soirée inoubliable, Jean-Baptiste Chantoiseau a pu remettre son premier roman, Robert Mapplethorpe, La chambre blanche (éditions HD) à la première dame de France ainsi que le Guide du musée Rodin, tandis que Raphaël Chantoiseau s’est entretenu avec elle de leurs passions communes pour l’art et le cinéma. Encore un moment « Bien en place ».

La Rédaction

 

Bien en place avec Keanu Reeves et Alexandra Grant

Que signifie « Bien en place » ? Un goût particulier pour la recherche des moments d’exception, des moments de vibration, de ces moments où les planètes s’alignent, où l’on ne changerait rien, pas un détail, pour rien au monde. Il faut y croire toujours, il faut se battre souvent, et de l’ombre vient la lumière… En cette année 2020, très particulière, la rédaction de Bien en place a décidé de partager en ligne ses plus beaux souvenirs « Bien en place », comme cette inoubliable soirée avec Keanu Reeves et Alexandra Grant en novembre 2017, à l’occasion de leur sublime projet mêlant photographies et poésies : « Shadows ».

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For 2020 we need a new matrix and we need you Keanu Reeves! Incredible memory of a night in Paris with Keanu Reeves and Alexandra Grant for the presentation of their artistic project « Shadows » #keanureeves #alexandragrant #shadows #galeriegradiva #jeanbaptiste_chantoiseau #raphael_chantoiseau #innangelo #bienenplace

2019, année Barbara Hepworth

Le musée Rodin a consacré en 2019 une exposition événement à Barbara Hepworth (1903-1975) ; artiste anglaise méconnue et qui a pourtant révolutionné la sculpture au XXe siècle. C’est la première fois qu’une rétrospective lui est dédiée à Paris, grâce au concours remarquable de la TATE et de l’Hepworth Estate.

   

Le parcours de l’exposition a permis de mieux comprendre les liens profonds entre Barbara Hepworth et la France mais aussi sa reconnaissance internationale, très importante au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le visiteur pouvait ensuite découvrir, dans une deuxième section, une reconstitution de l’atelier de l’artiste ; une myriade de photographie permettant aussi d’appréhender son rapport aux matériaux et ses techniques de création. Son attrait pour le bio-morphisme et pour la nature s’illustrait dans de précieuses lithographies tandis qu’un documentaire plongeait le visiteur dans l’univers de St-Yves et de ses environs. De fait, le paysage et l’espace ont toujours joué un rôle de premier plan dans la sculpture de Barbara Hepworth. La dernière salle enfin, telle une authentique « forêt », rassemblait une multitude d’œuvres, donnant une vue d’ensemble de son incroyable créativité, sur une multitude de supports dont son matériau de prédilection : le bois.

Le mercredi 30 octobre 2019, a eu lieu le vernissage de l’exposition,  en présence des commissaires de l’exposition – Catherine Chevillot, directrice du musée Rodin, Sara Matson, conservatrice à la Tate – de Sophie Bowness, ayant-droit de l’artiste ainsi que de la directrice de la TATE St Yves, Anne Barlow. De très nombreux ami(e)s de Bien en place étaient aussi présents ! Retour en image sur cette inoubliable soirée.

 

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Le catalogue de l’exposition a été coréalisé par Jean-Baptiste Chantoiseau pour le musée Rodin et par Lore Gauterie pour les éditions Infine.

 

Il était en lice pour le prix CatalPa 2019 le 15 novembre 2019. A la cérémonie de remise organisée à la mairie du 3e arrondissement, nous avons pu rencontrer, entre autres, Catherine Meurisse.

 

Enfin la Community Association de l’UNESCO, pour la 40e session de la Conférence générale (12-27 nov 2019), a pu visiter l’exposition au musée Rodin avec Jean-Baptiste Chantoiseau.

Extrait du discours de Catherine Chevillot pendant le vernissage :

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La rédaction de Bien en place.