NOS COUPS DE COEUR

Un enchantement : la 76e édition du Festival de Cannes arrive…

L’affiche officielle de la 76ème édition du Festival de Cannes est superbe. Elle a été réalisée par le studio de création visuelle Hartland Villa où Lionel Avignon et Stefan de Vivies imaginent/ré-imaginent les images. L’affiche est un montage à partir d’une photographie de Catherine Deneuve prise par Jack Garofalo en juin 1968 sur le tournage de La Chamade d’Alain Cavalier. La scène se passe sur la plage de Pampelonne à Ramatuelle, non loin de Saint-Tropez. Deneuve a vingt-cinq ans, un âge qu’on dirait idéal pour être femme et actrice. Elle dégage une luminosité déjà légendaire. L’actrice a appris à se figer pour les besoins de la pose tout en cultivant la spontanéité. L’instant immortalisé est celui de la promesse. Promesse d’une vie et d’une carrière à bâtir. Promesse de l’instant présent qui octroie à Deneuve le privilège de la liberté d’être soi. Le sourire qu’elle esquisse, le regard dirigé vers le hors-champ et la chevelure blonde qu’elle sculpte par sa propre gestuelle font de Deneuve une créature hors de ce monde, un personnage de cinéma. Deneuve se rêve en star, est devenue star. En ces années-là, elle pourrait rivaliser avec Claudia Cardinale, Ursula Andress, Julie Christie, Natalie Wood, Jane Fonda…

Le noir et blanc de l’affiche cultive la légende du cinéma qui a pour vocation de créer des images-légendes à partir des réalités du monde. Ce noir et blanc, empreint d’un dynamisme à la fois formel et sensuel, imite et dépasse toutes les périodes du cinéma, se projette dans l’intemporel. On songe à Jean Renoir (La Règle du jeu), Orson Welles (La Splendeur des Amberson), Federico Fellini (La Strada), Yasujiro Ozu (Voyage à Tokyo)…  L’année même où Steven Spielberg dans The Fabelmans remonte aux sources de son amour pour le cinéma et décrit l’éclosion de son génie, les concepteurs de l’affiche du 76ème Festival international du film à Cannes nous content l’histoire du cinéma à travers une esthétique épurée. La composition et le graphisme hésitent entre le visible/le lisible et l’évanescence. La verticalité des inscriptions en lettres blanches sur fond noir, ou en lettres noires sur fond blanc dans la seconde affiche, évoque les génériques de films japonais. La silhouette de Deneuve se superpose aux aplats du paysage marin, se dresse avec netteté comme une incarnation poétique alors que l’espace physique – terre, mer, ciel de la Côte d’Azur – s’estompe, se désincarne sous nos yeux. Inspirée par les œuvres de Hokusai et de Hiroshige, l’affiche honorant le 7e art et l’une de ses icônes, fait la part belle à l’imagination.

©Esther Heboyan, 2023

Cette année encore, l’équipe de Bien en Place sera présente à Cannes du 16 au 28 mai 2023 pour vous tenir informés des projections et autres manifestations : Esther Heboyan, Samina Seyed, Raphaël Chantoiseau, Jean-Baptiste Chantoiseau, Riccardo Pedica et Anna Papageorgiou. Notre association propose des services : critiques de films, présentations, traductions (persan, français, anglais, espagnol, italien, grec) et événementiel / rencontres et rendez-vous pour vos projets. N’hésitez pas à écrire au bureau Bien en place : assobep@gmail.com ; + 33 7 86 52 42 13

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« Comme une actrice »… bien en place ! Rencontre avec Julie Gayet et l’équipe du film de Sébastien Bailly

Avant-première à Paris le 7 mars 2023 de « Comme une actrice », en présence de Julie Gayet et de l’équipe du film. L’association Bien en place était présente, histoire de renouer avec les bonnes habitudes à deux mois du Festival de Cannes !

Ce long-métrage offre un rôle magnifique à Julie Gayet, qui incarne une comédienne de 50 ans en crise dans son couple comme dans vie. Agathe Bonitez est épatante aussi. Dédoublement, folie et émotion ponctuent le récit et l’esthétique de ce premier film de Sébastien Bailly qui est sorti le mercredi 8 mars 2023, à l’occasion de la journée internationale des femmes. Un grand bravo à épicentre films et des remerciements à Corentin Sénéchal pour cette belle invitation. Le film est soutenu par la région Île-de-France et la soirée de cocktail s’est magnifiquement déroulée en présence, notamment, de Valérie Pécresse mais aussi de Jack et Monique Lang et Simon Riaux.

Photo : Philippe Baldini

La rédaction de Bien en place
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Pour une année tout en créativité : un 2023 Bien en place !

Franck Sorbier présentait ses collections et son nouveau film « Pérégrination » à l’hôtel Raphaël, Paris, du 25 au 27 janvier 2023. Il est entouré par Jean-Baptiste et Raphaël Chantoiseau, une équipe plus que jamais « bien en place ». Raphaël Chantoiseau tient un médaillon royal offert par son SAI Farah Pahlavi. Photo : Laurent-Stéphane Monfort.

Une année 2023 BIEN EN PLACE

L’équipe de bien en place vous souhaite une année sous le signe de la créativité, de l’amitié et de la liberté.

« C’est le flux. Soudain on est arrivé. Le fleuve vous a déposé au rivage. » 

Sylvain Tesson, Blanc, Paris, Gallimard, 2022, p. 94.

Puisse ce nouveau chapitre vous offrir de belles pages que nous rêvons d’écrire ensemble. Littérature, cinéma, musée, festivals : la culture doit être présente plus que jamais dans nos vies et dans nos cœurs. Une année placée sous le signe du combat et de la résilience pour redessiner le monde dans lequel nous voulons vivre, en Iran notamment, et dans tous les territoires animés par une soif de vivre et de liberté.

TRES BONNE ET HEUREUSE ANNEE BIEN EN PLACE

Jean-Baptiste et Raphaël Chantoiseau, pour la présentation de la collection Franck Sorbier à l’hôtel Raphaël, Paris, janvier 2023. Photo : Laurent-Stéphane Monfort.

Festival Regards d’Iran – du 3 au 5 février 2023 – Paris 14

Festival « Regards d’Iran », voir l’Iran autrement

Avec son association Écrans des Mondes créée en 2007, le cinéaste et producteur franco-allemand Michel Noll s’intéresse aux cinémas documentaires de zones géoculturelles porteuses de civilisations millénaires. Il a commencé dans une approche associative qui se devait d’avoir une cohérence éditoriale, dit-il[1].  L’aventure a débuté avec « Écrans de Chine » en 2009, puis s’est poursuivie avec « Focus Corée », « Docs d’Afrique » et « GrecDoc ». Depuis 2022, Michel Noll programme « Regards d’Iran ». En avril 2023, il y aura un festival sur le Japon, « Un petit air du Japon ».

L’idée est de donner leur chance à des réalisateurs indépendants et de présenter « une mosaïque d’images sur un pays ». Les réalisateurs sont appelés à soumettre leur œuvre inédite ou bien une œuvre qui n’a pas été suffisamment diffusée et qui reste inconnue du public occidental. En tant que cinéaste, Michel Noll est bien entendu motivé par la qualité des œuvres. S’il arrive parfois qu’un film soit « cinématographiquement faiblard », il peut quand même être sélectionné en raison du problème sociétal dont il traite. Ainsi, l’édition 2023 sur l’Iran évoque divers aspects de la société iranienne – le quotidien des gens modestes, la grandeur d’une cité antique, l’empathie pour des animaux blessés, la solidarité en cas de catastrophe naturelle, des sujets tabous, l’attentat commis dans un cinéma de quartier, un refuge pour femmes, l’initiation au sport des filles nomades, un système d’irrigation millénaire, la peine de mort …   

Michel Noll a réalisé et/ou produit plus de 200 films – animation, musique classique, fiction jeunesse, téléfilms, longs-métrages, documentaires. Ses documentaires  La route du thé, Secrets du Grand Mékong, Le long de la Grande Muraille sur la Chine, La route des oliviers sur la Méditerranée et Frères ennemis sur la Corée ont été diffusés sur Arte et sur ZDF-Info en Allemagne. La chaîne allemande a rediffusé plus d’une cinquantaine de fois le film sur la Corée. Le nombre de rediffusions a de quoi étonner, mais le réalisateur a une explication : le film rappelle sans doute aux Allemands que l’Allemagne a été longtemps divisée par le Rideau de fer.

Michel Noll est un grand voyageur qui a parcouru de nombreux pays sur de longues périodes,   la Chine sur vingt ans, le Mexique et l’Australie sur dix ans. L’homme est un humaniste érudit, qui n’a pas encore étanché sa soif de connaissances et ne veut se contenter ni des représentations officielles qui seraient de la propagande ni d’informations hâtives ou partiales rapportées par les médias occidentaux. Motivé pendant trente ans par « une envie urgente de partir », Noll a beaucoup travaillé en allant d’une zone géographique à l’autre. Les festivals de films documentaires sont la résultante de ses activités de découvertes.

En tant que documentariste, Michel Noll reste « profondément attaché aux faits réels », mais n’exclut pas d’élargir le champ du documentaire jusqu’à inclure de la fiction au service du réel, faisant découvrir des œuvres à l’écriture hybride. Pour l’Iran, il s’agit de « partager le destin de ce peuple qui depuis vingt ans vit des dérives ». Le premier festival « Regards d’Iran » s’est déroulé en février 2022. Le documentaire primé Radiographie d’une famille de Firouzeh Khosrovani, mêlant habilement fiction et archives, a été reprogrammé au cinéma L’Entrepôt le 12 janvier 2023. En mai 2022, Firouzeh Khosrovani a été emprisonnée, puis relâchée sous caution au bout d’une semaine. Son documentaire retrace les changements intervenus dans la société iranienne ainsi que dans sa famille où elle a grandi entre un père séculier et une mère pieuse. Photos de famille, narrations et dialogues off, images d’archives et une mise en scène, à la fois scrupuleuse et poétique, dans l’appartement familial à Téhéran donnent au documentaire une dimension tant symbolique que personnelle.

Le second festival « Regards d’Iran » aura lieu du 3 au 5 février 2023. Michel Noll dit avoir reçu une cinquantaine de films. « J’organise un appel à films très largement publié sur les réseaux sociaux, auprès des influenceurs académiques en France (CNRS, EHESS, Chercheurs), l’Ambassade de France en Iran, mon network iranien de cinéastes, notre site, les organisations de documentaristes iraniens, » explique-t-il.

Noll a été contacté par l’Ambassade d’Iran mais n’a pas retenu leur sélection. « J’ai lu les synopsis, cela suffit pour savoir qu’il s’agit de propagande. La ligne éditoriale du festival s’appuie sur des films qui s’intéressent aux Iraniens et leurs joies, problèmes, rêves, angoisses dans leur vie quotidienne. C’est un festival sociétal. Par exemple, la gestion de l’eau en Iran en tant que telle ne m’intéresse pas. En revanche, comment un homme et sa famille se débrouillent pour avoir de l’eau dans le désert, ça oui. Avec Forteresse éternelle, on découvre, chemin faisant, un système très ingénieux d’irrigation, authentiquement iranien. Le festival n’est donc pas un organe de l’État iranien pour diffuser ses informations. C’est un événement qui réunit des témoignages, des regards de cinéastes iraniens sur le quotidien de leurs concitoyens. À ce titre, c’est un observatoire intersubjectif de la société iranienne contemporaine. »

La sélection 2023 de « Regards d’Iran » comprend 9 documentaires, des courts, moyens et longs métrages. Le Festival du cinéma documentaire européen se fait en partenariat avec le cinéma L’Entrepôt situé dans le 14ème arrondissement de Paris[2]. Par ordre de programmation :

Féminité (2020) de Mohsen OSTAD ALI raconte le quotidien de cinq femmes marginalisées dans un foyer au sud de Téhéran. Des femmes solitaires que l’on encadre et que l’on encourage à se prendre en charge. Des droguées et prostituées qui cohabitent dans des circonstances tantôt sereines tantôt éprouvantes. Filmées de face, en trois-quarts, ou de dos, les femmes parlent, se racontent sans jamais croiser notre regard. Pour certaines, le désespoir est irréversible. Pour le spectateur, le salut vient parfois du silence d’un plan – la terrasse du foyer vue dans l’encadrement d’une porte, un oiseau niché dans un mur.

Car Wash (2019) de Mohsen SAKHA, déjà sélectionné au Festival du Film Kurde à Londres en 2021, conte l’histoire d’un jeune couple de Marivan, une ville à l’ouest de l’Iran, dont la station de lavage automobile sert aussi de refuge aux animaux blessés. Toutefois, l’écureuil Matilla semant la zizanie dans le couple, il faut envisager son retour à la nature. Le court-métrage, mené à belle cadence, dégage humour et tendresse sans emphase.

& Liberté (2022) de Farzad JAFARI suit les négociations menées par trois femmes pour sauver  la vie des condamnés à mort pour meurtre. Selon la coutume en Iran, la famille de la victime peut se prononcer après le verdict officiel, pardonner ou non le meurtrier. En échange du pardon leur sera versée une somme d’argent appelée « le prix du sang ». La détermination, le pouvoir de persuasion et l’humanité des trois militantes visent à écarter la vengeance et à obtenir le consentement des proches des victimes.

Nomad Girl (2021) de Rouhollah AKBARI a pour protagoniste Sousan Rashidi, championne en kickboxing et enceinte de sept mois, qui retourne dans la province de Kermanshah à l’ouest de l’Iran afin d’apprendre ce sport aux filles nomades de sa tribu Zuleh. L’intrigue consiste à convaincre les pères de laisser leur fille s’entraîner au kickboxing sous une tente noire. Dans des paysages arides, la bonne volonté de l’athlète se confronte aux pratiques et croyances ancestrales. L’intérêt ethnographique du documentaire est évident.

& Destinée (2022) de Yaser TALEBI se passe dans la province de Mazandéran au nord de l’Iran où, après la mort de sa mère, Sahar doit choisir entre rester au village pour s’occuper de son père handicapé et partir à Sari pour faire des études à l’université. Dans la sélection, c’est probablement le documentaire qui se rapproche le plus de la fiction. La caméra n’est pas si neutre. Le choix des scènes, le découpage des plans font progresser la trame narrative, tendent vers la résolution du dilemme.

Cinema Rex (2021) de Mitra Mehtarian & Sadegh DEHGHAN revient sur le tragique incendie du Cinéma Rex à Abadan qui eut lieu le 19 août 1978 et dont certains aspects ne sont toujours pas élucidés. Quarante ans après les faits, les documentaristes conduisent l’enquête en filmant la ville d’Abadan par endroits toujours ravagée depuis la guerre contre l’Irak, en interrogeant les familles des victimes, en intégrant les images du procès de 1980 ainsi que des articles et photos de presse.

Isatis (2020) de Alireza DEHGHAN explore la ville antique de Yazd qui s’étend dans le désert iranien avec ses constructions en terre, ses badguirs ou tours de ventilation, ses qanats d’irrigation, ses rites, légendes et trois religions (islam, zoroastrisme, judaïsme). Les plans grandioses et les voix off du vent, du feu, de l’eau et de la terre contribuent à mystifier l’épopée de l’humanité en cet endroit du globe. Véritable livre d’images.

Mahir (2021) de Massoud DEHNAVI filme le désastre causé par l’inondation d’un village en Turkmen Sahra auquel doit faire face Mahir, rentré d’Istanbul pour assister au mariage de sa sœur, qui se retrouve à organiser des secours et à construire des digues. L’urgence de la catastrophe naturelle révèle la déficience des autorités et salue le courage humain.

& Forteresse éternelle (2022) de Farshad FADAIAN décrit un système d’irrigation millénaire pour une ferme dans le désert.

Le jury, pour cette seconde édition de « Regards d’Iran », est constitué de : Françoise Objois, journaliste culture presse écrite et radio ; Mohammed Tayyeb, directeur du cinéma iranien Art et Expérience ; Isabelle Vayron, photoreporter et documentariste ; Didier Pardonnet, enseignant en cinéma et acteur culturel ; Setareh Pirkhedi, installée en France depuis 2017 et collaboratrice de scénarios. La remise des Prix aura lieu au cinéma L’Entrepôt le dimanche 5 février 2023 à 19h30.

©Esther Heboyan, janvier 2023


[1] Entretiens avec Michel Noll réalisés le 09/01/2023 et le 15/01/2023 par téléphone.

[2] L’Entrepôt, 7 rue Francis de Pressensé, 75014 Paris.

Abnousse Shalmani, Femme d’influence culturelle 2022

Bien en place est très heureuse et fière de relayer ce très beau prix remis à notre chère Abnousse Shalmani : « Femme d’influence culturelle 2022 ». Ecrivain qui nous a tant ému et fait réfléchir dans ses romans comme dans ses essais, Abnousse Shalmani trempe sa plume engagée dans une encre sans compromission et exigeante. Elle est en outre devenue une journaliste de conviction sur LCI, dont la clarté des analyses et les combats fasse aux mensonges, intégrismes et idées reçues ou faciles force notre respect. Son intégration au Cercle des femmes d’influence est un immense motif de satisfaction dans un contexte, qui plus est, marqué par la lutte des femmes et du peuple iranien. Bravo chère Abnousse pour cette belle récompense qui donne de l’espoir.

La rédaction de Bien en place.

Sortie événement des « NUITS DE MASHHAD » d’Ali Abbasi avec Zar Amir Ebrahimi

Ce mercredi 13 juillet 2022 – date qui porte chance ! – est sorti sur les écrans le troisième film du réalisateur iranien Ali Abbasi : Les Nuits de Mashhad (Holy Spider). Il avait été présenté au Festival de Cannes 2022 avec le bonheur que l’on sait, son actrice principale, notre étincelante amie Zar Amir Ebrahimi, recevant le Prix d’interprétation féminine pour sa performance dans le rôle de la journaliste Rahimi, sur les traces d’un sérial killer fanatique prétendant œuvre divine en assassinant les prostituées qui, à la tombée de la nuit, investissent certains trottoirs de Mashhad, ville davantage connue pour être le centre religieux du pays. En mai dernier, quel honneur ce fut, pour Bien en place, que de faire la montée des marches de l’avant-première aux côtés de l’équipe de ce film qui demeure comme l’un des plus importants du Festival de Cannes 2022.

Ali Abbasi, qui nous avait intrigués et éblouis en 2018 avec Border (Prix « Un certain regard »), œuvre transgressive à la singularité frappante, confirme son immense talent dans cette fiction courageuse et engagée. Dès la première séquence, de manière violente et prenante, le spectateur est plongé dans la vie d’une prostituée installée de Mashhad : violence du quotidien, mépris et hypocrisie des hommes, figure battue, déformée et angoissée de la femme… En quelques traits synthétiques, le réalisateur brosse le tableau d’un pays en crise, rongé par le poids des interdits et du silence qui rendent d’autant plus irrépressible l’expression du désir, réduit ici à l’assouvissement d’un besoin aussi brutal qu’inavouable.

Quel honneur, pour Bien en place, que d’avoir fait la montée des marches de « Holy Spider » 

Avec Les Nuits de Mashhad, Ali Abassi s’attaque donc à un sujet tabou sous la forme d’un thriller : la recherche effrénée d’un sérial killer voulant tuer toutes les femmes vivant dans le péché selon les règles islamiques. La course contre la montre et la chasse à l’homme constituent les lignes de force du genre. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce film, tourné en Jordanie tant le scénario était inacceptable pour les autorités iraniennes, offre avant tout des portraits très poignants de ces femmes courageuses, s’effaçant ou tenant tête à leur agresseur, avec bravoure. Les corps de ces femmes martyrisées deviennent, dès lors, symboliques des violences subies par les femmes plus généralement, victimes de la dictature islamique. Mais ce long-métrage dénonce aussi la complaisance et même la complicité d’une partie de la société qui approuve, sans hésiter à le clamer haut et fort, le courage de ce justicier, porté, pour certains, à la hauteur d’un authentique martyr. La dernière séquence est à ce titre admirable et à couper le souffle tant elle laisse planer les dangers du fanatisme dans un monde futur aux contours incertains.

« Les Nuits de Mashhad », aux côtés de l’équipe de ce film qui est l’un des plus importants du Festival de Cannes 2022.
With Ali Abbasi

Au cœur du film et de l’enquête, l’actrice Zar Amir Ebrahimi, qui elle-même a dû fuir l’Iran, étincelle et bouleverse par son charisme, son implication et sa capacité à émouvoir le spectateur, sur un sujet aussi vital pour la lutte en faveur de la liberté et des droits humains. Le personnage qu’elle incarne – tout comme elle – n’a pas froid aux yeux et n’hésite pas à combattre les limites de l’impossible pour que justice soit faite. Son prix d’interprétation féminine, amplement mérité, a eu une résonance particulière à la lumière de son parcours : la soir de la cérémonie fut très chargé en émotion tant on sentait combien cette récompense revêtait un caractère fort et symbolique pour Zar et bien des femmes dans le monde. Un immense bravo et longue vie à ce film.


Joie et fierté d’être si proches de @zaramirebrahimi lors de la Cérémonie de clôture du Festival de Cannes 2022

Joie et fierté d’être si proches de @zaramirebrahimi lors de la Cérémonie de clôture du Festival de Cannes 2022

Nous avons été très heureux de fêter, à Paris, la grande victoire de Zar en compagnie de l’artiste et dessinateur Jul, d’Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco, Bruno Patino, président d’Arte, Caroline Fourest, journaliste et réalisatrice, et d’une pléiade d’ami et amies qui ont rendu la soirée inoubliable.

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La rédaction de Bien en place.

Sortie en salle dans toute la France du film Les Nuits de Mashhad

Elvis de Baz Luhrmann, Long Live the King & Austin Butler !

Évidemment, ce biopic sur le King du Rock ‘n’ Roll (magistralement interprété par Austin Butler) ne plaira pas à tout le monde. Trop déjanté, diront les uns. Trop long, diront les autres. Pas toujours véridique, ajouteront les détracteurs de Baz Luhrmann. Elvis, à quoi bon ? s’interrogeront les contempteurs d’Elvis.

Mais Elvis de Baz Luhrmann, peut aussi enchanter le public, qu’il fût fan du King ou non.

Parce que la musique fait virevolter le film, fait chavirer les images. Les plans se succèdent à coups de happening rythmé. Gospel, blues, rock vous empoignent et vous emportent. Une congrégation pentecôtiste, Sister Rosetta Tharpe, Little Richard, B.B. King qui cause sur Beale Street …Le cinéaste australien s’est beaucoup documenté sur l’histoire du Sud profond et sur le parcours d’Elvis Aaron Presley né dans une petite ville du Mississippi qui, se rêvant chanteur à Memphis où il travaille comme camionneur, surprendra le bonimenteur de fête foraine Tom Parker (Tom Hanks défiguré pour jouer le méchant) avant de surprendre l’Amérique. Le reste est légende – voix sensuelle, déhanchement impudique, sourire en coin, des millions de disques vendus à travers le monde, mariage et séparation avec Priscilla (Olivia DeJonge), Graceland en son décor fabuleux, Las Vegas et le King sur son déclin.

La fin, contée par le truculent Parker, est dans le commencement. Le déroulement de l’histoire n’en sera que plus tragique. De ce procédé inhérent à la tragédie grecque et déjà à l’œuvre dans son ambitieux Gatsby le Magnifique (2013), Baz Luhrmann fait un usage impétueux, endiablé, exalté. La fiction est tellement saturée d’informations qu’elle dépasse le documentaire Jerry Lee Lewis : Trouble in Mind (aussi présenté à Cannes) que consacre Ethan Coen à l’autre icône américaine du rock. Transitions abruptes, ellipses narratives, multitude de personnages, divisions de l’écran pour traduire la simultanéité ou la successivité, feu d’artifice de couleurs, kaléidoscope visuel, déchainement sonore. Luhrmann relate le destin d’Elvis en accéléré. On ne saisit pas tout, mais peu importe. On s’interroge sur l’utilité de telle ou telle scène, mais peu importe.

L’essentiel est dans la fougue et la voix d’Elvis. Et en cela le choix d’Austin Butler fut parfait. Voici un acteur qui, par-delà l’artifice du maquillage et l’outrance des costumes, se révèle être d’abord le bel Elvis, adulé par les jeunes filles niaises ou pas, critiqué par l’Amérique blanche et bien-pensante des années 1950, pour ensuite se transformer en un Elvis difforme, disgracieux qui mourra d’épuisement à 42 ans. Outre la gestuelle sur scène et l’accent du Sud, la prouesse d’Austin Butler réside aussi dans sa voix, tantôt langoureuse tantôt surexcitée. L’acteur chante les chansons du King. C’est à s’y méprendre. Le résultat de deux années de travail, explique Butler. C’est bien Austin qui chante, précise le réalisateur.

À Cannes, à la sortie de la conférence de presse, Austin Butler, accompagné de Baz Luhrmann, se prête au jeu des selfies et des autographes. Avec modestie, avec le sourire. Pour l’heure, il n’a pas pris la grosse tête. Tassée derrière le cordon de sécurité, la foule le réclame, l’idolâtre. Les jeunes filles ne peuvent  avoir connu Elvis. Elles n’ont d’yeux que pour Austin. Long live Austin ! On ne voudrait pas que malheur lui échoie. Il a l’air si beau et si frêle dans son costume deux-pièces et sa chemise entrouverte. Et cette coiffure rétro légèrement bombée au-dessus du front, d’une étincelante dorure. 1956 : Chuck Berry, en quête de rhythm and blues, chantait Roll Over, Beethoven. 2022 : Austin Butler entre Cannes et Los Angeles : Roll Over, Brad Pitt & Leonardo Di Caprio.

Lorsqu’Austin Butler passe devant moi, je me hâte de le féliciter pour son interprétation. Il s’arrête quelques instants sur les marches qui le conduiront à l’ascenseur réservé aux  V.I.P. Butler semble sincèrement ému par tant de sollicitude. Il répond simplement : « Thank you. Thank you. » Butler a déjà joué dans Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino. Et il a déjà une longue carrière à la télévision. Mais Elvis de Baz Luhrmann, c’est peut-être le rôle de sa vie qui lui rapportera peut-être un Oscar. Quoiqu’en disent les critiques déçus par le film de Baz Luhrmann (Libération à la sortie du film en France le 22 juin, The Guardian après la projection au Festival de Cannes), une étoile est née.

Esther Heboyan, 2022

http://eurojournalist.eu/plein-ecran-le-festival-de-cannes-est-termine/?fbclid=IwAR1ugpcTdzf-bkmeoJdyZVrVFD_dOpD8cHg90-1YGJNYTFJUm_D1ylfZpH8

CLOSE de Lukas Dhont, Palme de cœur de Bien en place

Raphaël Chantoiseau, Lukas Dhont et Jean-Baptiste Chantoiseau au Festival de Cannes, bien en place more than ever

Lukas Dhont est un jeune réalisateur et scénariste belge, dont on avait adoré le premier film, Girl (2018) ; une œuvre vibrante, transgressive et sans concession qui retrace la vie d’une jeune danseuse transsexuelle s’imposant une discipline de fer pour exceller dans son art et maîtriser son corps à la perfection. S’impatientant de la lenteur de sa transition d’homme en femme, lassée des moqueries et désespérée de la douleur d’amours chaotiques, elle en vient à s’automutiler dans une scène à la puissance inoubliable. D’une manière juste et implacable, Lukas Dhont a su faire partager le quotidien d’un personnage hors norme avec beaucoup de délicatesse, au point que le spectateur finit par se sentir proche d’elle/de lui. Après cette réussite qui lui valut de recevoir la Caméra d’or au Festival de Cannes 2018 et la Queer Palm, c’est avant une grande impatience qu’était attendu son deuxième long-métrage, Close, sélectionné pour la compétition de 2022.

Close raconte l’histoire d’une complicité sentimentale, amicale et amoureuse entre deux jeunes garçons, Léo (Eden Dambrine) et Rémi (Gustav De Waele). Toute la première partie du film véhicule une impression de douceur et de bienveillance, aussi bien dans les relations entre parents et enfants, entre les enfants eux-mêmes mais aussi entre l’homme et la nature, plus généralement, avec des plans dont la beauté et la sérénité tranchent avec bien des films de notre temps, parcourus de drames et de tensions laissant peu de place à la lumière. Déjà le sculpteur Auguste Rodin (1840-1917) affirmait, à son époque, qu’on ne prenait plus le temps de regarder les arbres, le vent vibrer sur les branches ou encore d’admirer les ombres que le soleil dessine dans des paysages qui nous sont devenus trop familiers. D’où la nécessité, selon lui, d’une école du regard.

Cette sensibilité et cette éducation de l’œil semblent consubstantielles à Lukas Dhont et à son film. Prendre le temps de s’arrêter, de souffler, d’observer les champs ; de travailler de manière familiale, avec des gestes simples se mêlant dans une même chaîne… Apprendre à voir, de nouveau, sans grand fracas ni besoin de spectaculaire… pour privilégier la matière même de nos existences, faites de détails, d’échanges de regards, de petits rien… à partir desquels se nouent parfois les vrais drames de la vie. Ce sont les tourments intérieurs, ceux qu’on peine à exprimer, à comprendre, à dévoiler qui intéressent Lukas Dhont, tant ce sont eux qui remuent l’âme de fond en comble.

En effet, ce film parle, de manière subtile et sans dramatisation outrancière, des blessures profondes que ressent certainement tout jeune garçon se sentant différent des autres sans trop savoir quoi faire de ce désir ni comment assumer les insinuations, les phrases ou remarques des camarades, même quand elle semblent, en apparence, pas si méchantes que cela. Plus radicalement encore, à l’heure où l’identité se constitue et se cherche, cette différence vient intensifier les questions propres à toute jeunesse; âge d’or de la vie pour certains et paradis vert des amours enfantines, comme l’esthétique du film l’évoque à bien des moments, mais aussi terrain glissant, fait de lignes de failles dans lesquelles l’être, parfois, s’engouffre et disparaît. Le contraste entre les plans inspirant la plénitude, la communion avec l’espace et la réalité du drame irréparable qui survient constitue l’une des grandes lignes de force de ce long-métrage et nous rappelle combien le bonheur, aussi rayonnant soit-il, peut vite céder la place au désespoir. Cette dichotomie invite aussi à se méfier des apparences : derrière l’innocence des jours qui s’écoulent, se nouent, inexorablement, des drames invisibles et qui finissent toujours par éclater.

Close est un titre polysémique qui résume bien l’ambition du film. Aussi proche (« close ») d’un être soit-on, le connaît-on vraiment ? Surtout s’il vit, à bien des égards, replié sur lui-même (autre signification possible du mot). Être proche, à deux pas de l’autre, et pourtant rester enfermer en soi-même, dans ses doutes, ses rejets et sa mélancolie, sans dialogue possible. Toutes ces contradictions sont contenues dans le film et lui conférent une très grande puissance, d’autant plus que le cinéaste a su faire le pari de la simplicité et de l’élégance, surprenant d’autant plus son spectateur lorsque le drame survient – une disparition incompréhensible – et qu’il faudra affronter l’après-coup. Cette terrible perte, annoncée progressivement et dont on arrive pas à parler – tant on peine à y croire – devient un vide, un silence, qui résonne, ou plutôt qui hante les images jusqu’à l’achèvement très ouvert et sensible du film.

« Close » pourrait aussi décrire le doigté avec lequel Lukas Dhont conduit son film : libre et flottante dans les champs, la caméra est présente tout en parvenant à se faire complètement oublier; elle est proche des personnages tout en restant discrète, ne pénétrant, qu’à tâtons, le jardin intime des personnages tout en préservant leur part de mystère. Le titre signe ainsi un rapport au cinéma et un engagement humaniste : être au plus proche des êtres, y compris de ceux que la douleur a rendu inaccessibles.

Du rapport au corps, comme dans Girl, il y aurait beaucoup à dire. Lorsque Léo, niant son amour, en vient à nier son identité, son authenticité, c’est dans le sport qu’il se jette, à corps perdu. Optant pour aller à l’encontre de lui-même, il se refugie dans le hockey sur glace, où son corps ne cesse d’être heurté, bousculé, violenté ; symbole du combat qu’il s’impose à lui-même, de cette agonie (du grec agôn), dont il ne peut sortir vainqueur.

Tout sonne juste dans ce film où Lukas Dhont, comme il l’a déclaré à Cannes, a beaucoup donné de lui-même, comme si la vérité artistique se trouvait toujours au plus proche de soi-même, de ce que l’on est. C’est d’ailleurs en puisant au plus profond de son être que l’on est capable de toucher à quelque chose d’universel : combien de garçons et de filles aux amours contrariés, heurtés, violentés, parfois par eux-mêmes, ne se reconnaîtront-ils/elles pas devant ce film à la sensibilité exacerbée ? Dans Les feux de Saint-Elme, le résistant, homme de combat et galeriste Daniel Cordier raconte ainsi comment, toute sa vie, il a été traumatisé par le refus qu’il avait opposé à un garçon amoureux de lui – et dont il était lui-aussi amoureux en secret. Il explique comment cette décision, qu’il a regrettée toute sa vie, a pesé sur son destin, si fortement qu’il n’a pu écrire ce livre, aux airs de confession, que vers la fin de son existence. Nombreux sont les exemples de ces destinées précocement brisées. Ils et elles trouveront en Lukas Dhont un frère de sang et avant tout une âme sœur.

Jean-Baptiste Chantoiseau

Lukas Dhont avec son équipe lors de la première du film au Festival de Cannes 2022. L’une des plus belles standing-ovation de l’année.

L’équipe de Bien en place présente pour la montée des marches du film. Tous nos remerciements aux photographes Bohan Li et Gilles Kyriacos.

Arrivée de Lukas Dhont et de son équipe pour l’avant-première au Grand théâtre Lumière – Festival de Cannes 2022
Une longue standing-ovation pour « Close » de Lukas Dhont – Festival de Cannes 2022
Discours émouvant et sincère après une incroyable standing-ovation

Inoubliable Cérémonie de clôture avec un Grand Prix amplement mérité et attendu.

Un grand bonheur, ce soir-là, d’avoir été au plus proche de la scène pour partager leur bonheur.

Photos : Jean-Baptiste Chantoiseau (à gauche) et Dominique Maurel (à droite).

Cannes 2022 : coup de cœur pour « Boy From Heaven » de Tarik Saleh

Parmi l’excellente sélection du Festival de Cannes 2022, qui ne pouvait mieux démarrer, Bien en place, a eu un coup de cœur pour le film égyptien Boy From Heaven du réalisateur suédois-égyptien Tarik Saleh, auteur du célèbre film noir Le Caire confidentiel (2017), déjà un grand succès public et critique. Tant sur le fond que sur la forme, Boy From Heaven s’avère d’une grande beauté par son écriture et le sens du cadrage et de la mise en scène cinématographique, poétique jusque dans le détail. En témoigne une scène importante du début, lorsque le jeune Adam (Tawfeek Barhom), qui vit modestement avec son père et ses frères dans un village de pêcheurs, apprend par l’imam local qu’il a été choisi pour rejoindre la prestigieuse université Al-Azhar au Caire, qui forme l’élite des musulmans sunnites. Le jeune homme, abasourdi par cette lettre, n’ose pas se réjouir tandis qu’à l’arrière-plan une porte ouverte indique discrètement qu’un seuil ne va pas tarder à être franchi. Ce sont lors de telles scènes, visuellement très fortes, que la magie du cinéma s’impose et se savoure. « Contrôler la précision. Être moi-même un instrument de précision » : cet impératif que Robert Bresson se donnait à lui-même, Tarik Saleh l’applique à la perfection. Filmant l’intérieur de l’université Al-Azhar, centre à l’intérieur du centre qu’est le Caire, il multiplie les jeux formels : au cercle des lumières répond ainsi le cercle des initiés réunis en prière ou en conciliabule ; de même, Bien en place a-t-elle été sensible au traitement du son, lorsque, par exemple, une cigarette crépite dans la nuit sombre du Caire, celle d’un jeune homme, Zizo, qui se sait condamné dans son jeu d’espionnage au service de l’Etat égyptien et se cherche un successeur… trouvé en la personne d’Adam.

Personnage clé du film, le jeune héros, issu de la province et dont on suit pas à pas « l’éducation sentimentale » dans cette grande ville du Caire, au cœur des pouvoirs politique et religieux, est incarné avec une grande justesse par Tawfeek Barhom. Avec beaucoup de simplicité et de naturel, il joue ce fils obéissant à un père sévère mais voulant le meilleur pour ses enfants et qui va , de même, devenir un étudiant obéissant, aimant lire tard pour mieux retenir les prières et se tenir prêt pour les performances de récitation. Sa naïveté et son sentiment d’être un « élu » – Boy From Heaven… – vont le précipiter dans une machination dont il se serait bien passé : pas d’autre choix pour lui que de devenir un agent infiltré au service de l’Etat pour contrôler l’élection du futur imam d’Al-Azhar. Vouloir toujours bien faire et privilégier l’obéissance incluent un prix à payer, parfois très élevé. « Qu’as-tu appris? » lui demandera plus tard l’imam de son village : le silence qui suit en dit long… Car le pouvoir, qu’il soit politique ou religieux, reste le pouvoir, où que l’on se trouve dans le monde. Pour des intérêts qui dépassent ceux des individus, il est prêt à exposer, à trahir, à compromettre et à tuer s’il le faut, la fin justifiant les moyens.

Fares Fares, qui interprète le colonel Ibrahim, se prend, peu à peu, d’affection pour son jeune infiltré, auquel il donne des consignes précises en dehors de la mosquée, dans un café à l’américaine dont la présence est le symbole du mélange des cultures à l’heure de la mondialisation. Parvenir à garder un cœur pur et authentique demeure une gageure, même lorsque l’on a des convictions fermement ancrées. Boy From Heaven est un film noir dont le scénario, tout en reprenant certains des codes propres au genre, propose une intrigue, une atmosphère et un même un développement qui l’apparentent à une éducation sentimentale – sous une forme moderne. Le prix du meilleur scénario au palmarès 2022 s’avère donc particulièrement justifié. De plus la manière, propre au réalisateur, de filmer les corps dans l’espace ainsi que d’établir des liens entre les choses, les hommes et les paysages en font une très grande œuvre de cinéma, où les messages passent aussi par l’image et par le son, ce qui devrait être le propre de tout film.

La rédaction de Bien en place

Quand Bien en place rencontre Tom Cruise…

Montée des marches de Tom Cruise à Cannes et de l’équipe du nouveau volet de « Top Gun » – Photo Samina Seyed

Tom Cruise est un acteur tellement mythique que sa venue au Festival de Cannes s’annonçait événementielle ! Et elle le fut… Bien en place se devait d’être présente et son président, Raphaël Chantoiseau, a pu assister à la Masterclass dont la star était l’invité d’honneur. Une occasion unique pour lui de revenir sur son parcours, de défendre ses idées sur le cinéma, l’art et la création. Ce moment fut aussi propice à rêver, à ses côtés, en revoyant des images que tous les cinéphiles connaissent et qui ont bercé notre inconscient collectif.

Tom Cruise a démarré sa carrière alors qu’il n’avait même pas vingt ans. C’est dire combien il est un authentique enfant du cinéma. Il revendique d’ailleurs lui-même le fait de ne pas avoir été dans une école ou suivi de formation spécialisée : c’est au contact des autres et sur les plateaux qu’il a appris, progressivement, le métier, de manière instinctive pour ainsi dire. Il se définit comme un amoureux du cinéma et un passionné du grand écran : on ne risque pas de le voir dans une série en streaming tant l’acteur est attaché à cette notion de cinéma comme spectacle populaire rassemblant des foules pour un moment d’évasion et de rêve XXL.

La carrière de Tom Cruise impressionne tant elle a été jalonnée de succès et de film à l’esthétique remarquable à l’instar de La Couleur de l’argent (1986) par Martin Scorcese, Eyes Wide Shut (1998) de Stanley Kubrick ou bien encore le sulfureux et ensorcelant Entretien avec un vampire (1994) de Neil Jordan. Et qui n’a pas tremblé d’émotion et de suspense à la découverte de La Firme (1993) par Sydney Pollack. Tom Cruise aime se métamorphoser et surprendre. Il vibre en relevant toujours de nouveaux défis, se déclarant toujours proche des techniciens et des équipes pour aller collectivement plus loin, avec un esprit positif et aventurier dans lequel on reconnaît bien la quintessence de l’Amérique. Une merveilleuse vidéo a présenté des extraits de la carrière de Tom Cruise, sans toutefois que Nicole Kidman ou Brad Pitt n’apparaissent dans la sélection, ce qui est regrettable.

L’acteur a insisté sur le fait qu’il réalisait ses cascades lui-même. Tom Cruise est un amoureux de l’action et du mouvement. Fédérer des énergies, se les approprier pour mieux les rendre à l’écran : telle est l’alchimie qu’il convient de trouver et d’intensifier toujours, film après film. La star a un charisme très particulier, que l’on a pu ressentir dès son arrivée sur scène. Autour de lui, les planètes s’alignent, d’une certaine façon. A l’écoute des autres, intéressé par les questions, il n’en reste pas moins concentré et dans son univers. Face à lui, se produit le phénomène de l’aura, dans lequel le philosophe allemand Walter Benjamin voyait l’expression d’un lointain, aussi proche soit-il.

Tom Cruise a clamé son amour pour les avant-premières, en présence du public ! En ce sens, il admire beaucoup le Festival de Cannes, source d’inspiration pour lui. Il a confessé aimer se rendre à des projections de film, de manière anonyme, pour sentir les réactions du public et vivre cette grande communion qu’est pour lui le cinéma. Cette symbiose a bel et bien été l’apanage de cette rencontre exceptionnelle à Cannes, qui résume à elle seule le caractère grandiose de cette édition 2022. Rappelons aussi que l’acteur a présenté en avant-première à Cannes Top Gun : Maverick. Trente-six ans après le mythique Top Gun qui a marqué des générations, la magie est toujours là !

La rédaction de Bien en place