Mois: juillet 2022

Sortie événement des « NUITS DE MASHHAD » d’Ali Abbasi avec Zar Amir Ebrahimi

Ce mercredi 13 juillet 2022 – date qui porte chance ! – est sorti sur les écrans le troisième film du réalisateur iranien Ali Abbasi : Les Nuits de Mashhad (Holy Spider). Il avait été présenté au Festival de Cannes 2022 avec le bonheur que l’on sait, son actrice principale, notre étincelante amie Zar Amir Ebrahimi, recevant le Prix d’interprétation féminine pour sa performance dans le rôle de la journaliste Rahimi, sur les traces d’un sérial killer fanatique prétendant œuvre divine en assassinant les prostituées qui, à la tombée de la nuit, investissent certains trottoirs de Mashhad, ville davantage connue pour être le centre religieux du pays. En mai dernier, quel honneur ce fut, pour Bien en place, que de faire la montée des marches de l’avant-première aux côtés de l’équipe de ce film qui demeure comme l’un des plus importants du Festival de Cannes 2022.

Ali Abbasi, qui nous avait intrigués et éblouis en 2018 avec Border (Prix « Un certain regard »), œuvre transgressive à la singularité frappante, confirme son immense talent dans cette fiction courageuse et engagée. Dès la première séquence, de manière violente et prenante, le spectateur est plongé dans la vie d’une prostituée installée de Mashhad : violence du quotidien, mépris et hypocrisie des hommes, figure battue, déformée et angoissée de la femme… En quelques traits synthétiques, le réalisateur brosse le tableau d’un pays en crise, rongé par le poids des interdits et du silence qui rendent d’autant plus irrépressible l’expression du désir, réduit ici à l’assouvissement d’un besoin aussi brutal qu’inavouable.

Quel honneur, pour Bien en place, que d’avoir fait la montée des marches de « Holy Spider » 

Avec Les Nuits de Mashhad, Ali Abassi s’attaque donc à un sujet tabou sous la forme d’un thriller : la recherche effrénée d’un sérial killer voulant tuer toutes les femmes vivant dans le péché selon les règles islamiques. La course contre la montre et la chasse à l’homme constituent les lignes de force du genre. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce film, tourné en Jordanie tant le scénario était inacceptable pour les autorités iraniennes, offre avant tout des portraits très poignants de ces femmes courageuses, s’effaçant ou tenant tête à leur agresseur, avec bravoure. Les corps de ces femmes martyrisées deviennent, dès lors, symboliques des violences subies par les femmes plus généralement, victimes de la dictature islamique. Mais ce long-métrage dénonce aussi la complaisance et même la complicité d’une partie de la société qui approuve, sans hésiter à le clamer haut et fort, le courage de ce justicier, porté, pour certains, à la hauteur d’un authentique martyr. La dernière séquence est à ce titre admirable et à couper le souffle tant elle laisse planer les dangers du fanatisme dans un monde futur aux contours incertains.

« Les Nuits de Mashhad », aux côtés de l’équipe de ce film qui est l’un des plus importants du Festival de Cannes 2022.
With Ali Abbasi

Au cœur du film et de l’enquête, l’actrice Zar Amir Ebrahimi, qui elle-même a dû fuir l’Iran, étincelle et bouleverse par son charisme, son implication et sa capacité à émouvoir le spectateur, sur un sujet aussi vital pour la lutte en faveur de la liberté et des droits humains. Le personnage qu’elle incarne – tout comme elle – n’a pas froid aux yeux et n’hésite pas à combattre les limites de l’impossible pour que justice soit faite. Son prix d’interprétation féminine, amplement mérité, a eu une résonance particulière à la lumière de son parcours : la soir de la cérémonie fut très chargé en émotion tant on sentait combien cette récompense revêtait un caractère fort et symbolique pour Zar et bien des femmes dans le monde. Un immense bravo et longue vie à ce film.


Joie et fierté d’être si proches de @zaramirebrahimi lors de la Cérémonie de clôture du Festival de Cannes 2022

Joie et fierté d’être si proches de @zaramirebrahimi lors de la Cérémonie de clôture du Festival de Cannes 2022

Nous avons été très heureux de fêter, à Paris, la grande victoire de Zar en compagnie de l’artiste et dessinateur Jul, d’Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco, Bruno Patino, président d’Arte, Caroline Fourest, journaliste et réalisatrice, et d’une pléiade d’ami et amies qui ont rendu la soirée inoubliable.

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La rédaction de Bien en place.

Sortie en salle dans toute la France du film Les Nuits de Mashhad

Elvis de Baz Luhrmann, Long Live the King & Austin Butler !

Évidemment, ce biopic sur le King du Rock ‘n’ Roll (magistralement interprété par Austin Butler) ne plaira pas à tout le monde. Trop déjanté, diront les uns. Trop long, diront les autres. Pas toujours véridique, ajouteront les détracteurs de Baz Luhrmann. Elvis, à quoi bon ? s’interrogeront les contempteurs d’Elvis.

Mais Elvis de Baz Luhrmann, peut aussi enchanter le public, qu’il fût fan du King ou non.

Parce que la musique fait virevolter le film, fait chavirer les images. Les plans se succèdent à coups de happening rythmé. Gospel, blues, rock vous empoignent et vous emportent. Une congrégation pentecôtiste, Sister Rosetta Tharpe, Little Richard, B.B. King qui cause sur Beale Street …Le cinéaste australien s’est beaucoup documenté sur l’histoire du Sud profond et sur le parcours d’Elvis Aaron Presley né dans une petite ville du Mississippi qui, se rêvant chanteur à Memphis où il travaille comme camionneur, surprendra le bonimenteur de fête foraine Tom Parker (Tom Hanks défiguré pour jouer le méchant) avant de surprendre l’Amérique. Le reste est légende – voix sensuelle, déhanchement impudique, sourire en coin, des millions de disques vendus à travers le monde, mariage et séparation avec Priscilla (Olivia DeJonge), Graceland en son décor fabuleux, Las Vegas et le King sur son déclin.

La fin, contée par le truculent Parker, est dans le commencement. Le déroulement de l’histoire n’en sera que plus tragique. De ce procédé inhérent à la tragédie grecque et déjà à l’œuvre dans son ambitieux Gatsby le Magnifique (2013), Baz Luhrmann fait un usage impétueux, endiablé, exalté. La fiction est tellement saturée d’informations qu’elle dépasse le documentaire Jerry Lee Lewis : Trouble in Mind (aussi présenté à Cannes) que consacre Ethan Coen à l’autre icône américaine du rock. Transitions abruptes, ellipses narratives, multitude de personnages, divisions de l’écran pour traduire la simultanéité ou la successivité, feu d’artifice de couleurs, kaléidoscope visuel, déchainement sonore. Luhrmann relate le destin d’Elvis en accéléré. On ne saisit pas tout, mais peu importe. On s’interroge sur l’utilité de telle ou telle scène, mais peu importe.

L’essentiel est dans la fougue et la voix d’Elvis. Et en cela le choix d’Austin Butler fut parfait. Voici un acteur qui, par-delà l’artifice du maquillage et l’outrance des costumes, se révèle être d’abord le bel Elvis, adulé par les jeunes filles niaises ou pas, critiqué par l’Amérique blanche et bien-pensante des années 1950, pour ensuite se transformer en un Elvis difforme, disgracieux qui mourra d’épuisement à 42 ans. Outre la gestuelle sur scène et l’accent du Sud, la prouesse d’Austin Butler réside aussi dans sa voix, tantôt langoureuse tantôt surexcitée. L’acteur chante les chansons du King. C’est à s’y méprendre. Le résultat de deux années de travail, explique Butler. C’est bien Austin qui chante, précise le réalisateur.

À Cannes, à la sortie de la conférence de presse, Austin Butler, accompagné de Baz Luhrmann, se prête au jeu des selfies et des autographes. Avec modestie, avec le sourire. Pour l’heure, il n’a pas pris la grosse tête. Tassée derrière le cordon de sécurité, la foule le réclame, l’idolâtre. Les jeunes filles ne peuvent  avoir connu Elvis. Elles n’ont d’yeux que pour Austin. Long live Austin ! On ne voudrait pas que malheur lui échoie. Il a l’air si beau et si frêle dans son costume deux-pièces et sa chemise entrouverte. Et cette coiffure rétro légèrement bombée au-dessus du front, d’une étincelante dorure. 1956 : Chuck Berry, en quête de rhythm and blues, chantait Roll Over, Beethoven. 2022 : Austin Butler entre Cannes et Los Angeles : Roll Over, Brad Pitt & Leonardo Di Caprio.

Lorsqu’Austin Butler passe devant moi, je me hâte de le féliciter pour son interprétation. Il s’arrête quelques instants sur les marches qui le conduiront à l’ascenseur réservé aux  V.I.P. Butler semble sincèrement ému par tant de sollicitude. Il répond simplement : « Thank you. Thank you. » Butler a déjà joué dans Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino. Et il a déjà une longue carrière à la télévision. Mais Elvis de Baz Luhrmann, c’est peut-être le rôle de sa vie qui lui rapportera peut-être un Oscar. Quoiqu’en disent les critiques déçus par le film de Baz Luhrmann (Libération à la sortie du film en France le 22 juin, The Guardian après la projection au Festival de Cannes), une étoile est née.

Esther Heboyan, 2022

http://eurojournalist.eu/plein-ecran-le-festival-de-cannes-est-termine/?fbclid=IwAR1ugpcTdzf-bkmeoJdyZVrVFD_dOpD8cHg90-1YGJNYTFJUm_D1ylfZpH8